La Chine efface son histoire sur Internet / L'Influence culturelle américaine / Nvidia ouvre la voie au double numérique "local” / Elon Musk détourne des milliers de puces d'IA de Tesla vers X et xAI / Les batteries low-cost à base de métaux abondants, une alternative prometteuse ?
Selon le journaliste chinois He Jiayan, spécialiste du web, plus de 99% du contenu de l'Internet chinois traditionnel (avant l'ère mobile) aurait disparu. Les causes sont multiples : l'autocensure et la course à la rentabilité des entreprises qui suppriment d'anciennes données jugées non lucratives, la censure politique qui vise à effacer toute information jugée sensible par le régime et enfin la transition vers l'Internet mobile qui a rendu obsolètes de nombreux anciens contenus web.
Cette disparition massive de données met en péril la mémoire numérique collective d'une génération entière en Chine. Des pans entiers de l'histoire récente, des célébrités ou événements marquants risquent d'être effacés, faute d'archives pérennes. He Jiayan déplore: "Tout se passe comme si ces événements n'avaient jamais eu lieu. Comme si ces personnes n'avaient jamais existé. Si l’on cherche « Jack Ma » sur Baidu et qu’on fixe une période de référence courant de 1998 à 2005, combien d’informations apparaîtront ? Plutôt 100 millions, 10 millions ou 1 million ? J’ai posé la question à plusieurs groupes et l’opinion majoritaire considère toujours que l’ordre de grandeur se situerait entre quelques millions et quelques dizaines de millions. Après tout, Internet est si vaste. Jack Ma, l’ancien entrepreneur haut en couleur, a dû y laisser beaucoup de traces. En réalité, pour une recherche Baidu sélectionnant la plage de dates « 22 mai 1998 à 22 mai 2005 », le total des résultats contenant l’expression « Jack Ma » s’élève à 1. Tout se passe comme si ces événements n'avaient jamais eu lieu. Comme si ces personnes n'avaient jamais existé." Des pans entiers de l'histoire récente, des célébrités ou événements marquants risquent d'être oubliés, faute d'archives pérennes.
Cette disparition menace directement le patrimoine culturel numérique de la Chine. Les rapports originaux, vidéos, discours, observations et commentaires des internautes sur la culture populaire des années 2000 ont été en grande partie effacés. Une partie importante de l'expression culturelle spontanée en ligne durant cette période charnière est ainsi perdue, appauvrissant la richesse du patrimoine culturel chinois et crée une rupture dans la transmission de la culture populaire récente aux générations futures. Privée d'archives, toute une partie de l'identité culturelle chinoise des années 2000 risque de tomber dans l'oubli mettant en péril la préservation de l'histoire culturelle récente de la Chine, pourtant constitutive de son identité contemporaine.Réalisée par Dall-e
Il y a plusieurs raisons qui ont certainement poussé la Chine dans cette voie :
Manque d'intérêt historique ou patrimonial : le gouvernement ne semble pas voir d'intérêt particulier à préserver l'histoire de l'internet chinois pour des raisons purement historiques ou patrimoniales. La priorité est ailleurs que la conservation des archives numériques.
Coûts et efforts requis : archiver massivement les anciennes pages web représenterait un coût et un effort technique et logistique important que le gouvernement ne semble pas prêt à fournir, d'autant que ces archives devraient subir un important traitement pour anonymiser les données personnelles.
Risques liés aux données personnelles : même si le gouvernement archivait ces données, ces archives ne seraient probablement pas accessibles au grand public justement pour éviter tout abus dans l'utilisation des données personnelles qu'elles contiennent. Leur intérêt serait donc limité.
Contrôle de l'information : le gouvernement chinois cherche avant tout à contrôler l'information dont celle circulant sur internet. Archiver massivement d'anciennes données, y compris potentiellement sensibles ou critiques va à l’encontre du contrôle.
La quatrième raison suffit à faire disparaitre ces données, les trois autres ne sont que des bienfaits collatéraux pour ce pays.
Si le cas chinois est extrême, ce problème de pérennisation des données n'est pas limité à ce pays. Une étude du Pew Research Center révèle que 38% des pages web existantes en 2013 ont disparu. Les sites gouvernementaux, plateformes privées et réseaux sociaux sont tous touchés par cette "dégradation numérique" à l'échelle mondiale. Cela revient à effacer toutes vos photos et à raconter votre histoire sans preuve … La préservation de la mémoire du web représente un défi clé, que ce soit face à la censure politique, aux enjeux économiques ou aux évolutions technologiques rapides.
Dans un monde de plus en plus globalisé, la culture n'échappe absolument pas aux dynamiques de pouvoir et d'influence. L'Europe, riche de ses traditions et de sa diversité culturelle, se retrouve aujourd'hui confrontée à une forme de néo-impérialisme culturel, orchestré par le lobbying américain dont Hollywood et les technologies de l'IA majoritairement développées en Californie. cette situation impose de s’interroger plus globalement sur la souveraineté culturelle et la préservation des identités locales.
Depuis plusieurs décennies, le lobbying américain exerce une influence considérable sur les politiques culturelles en Europe. Des entreprises hollywoodiennes aux géants du numérique comme Google, Facebook, et Amazon, l'influence américaine se manifeste à travers la promotion de contenus culturels, la pression sur les régulations locales, et la domination des plateformes de distribution. Les films, les séries, la musique et même les jeux vidéo produits aux États-Unis dominent souvent les marchés européens, reléguant les productions locales à une place secondaire.
Les européens connaissent en général mieux le droit des Etats-Unis que celui de leur pays du fait de notre exposition constance au premier dans les contenus que nous visionnons.
Cette domination culturelle n'est pas seulement une question de préférence des consommateurs, mais résulte aussi d'une stratégie bien orchestrée. Les entreprises américaines investissent massivement en lobbying pour influencer les politiques européennes, afin de faciliter leur accès au marché et de réduire les obstacles réglementaires. Par exemple, les discussions autour des quotas de contenus locaux sur les plateformes de streaming ou les négociations sur les droits d'auteur sont des terrains où le lobbying américain se fait particulièrement sentir. L'UNESCO a en conséquence adopté une convention pour protéger la diversité culturelle mais les États-Unis ne l'ont pas ratifiée.
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