2026 après 2025
Bonsoir à toutes et à tous,
Pour commencer, je vous souhaite une excellente année 2026 pleine de bonnes surprises !
Pour continuer, sur le papier, 2026 n’est que le nombre qui suit 2025. Mais si l’on gratte un peu, on voit bien que quelque chose s’est décalé.
Nous entrons dans un monde de souveraineté fragmentée. Chaque puissance verrouille son territoire, ses données, ses ressources, parfois au mépris du droit international. Chacun tire la couverture à lui pendant que la maison commune prend feu.
En face, une grande adaptation s’impose. Ceux qui continueront à produire, à se défendre, à se former et à coopérer avec les recettes d’hier vont se retrouver à contretemps. En retard d’une époque.
Quels sont les enjeux de 2026 ? Quelles sont les lignes de force qui vont fixer le prix à payer ?
En clair, 2026 ne se résume pas à une nouvelle année.
C’est un test de lucidité et de courage.
Bonne lecture.
Stéphane
Pour écouter cet article avec un podcast réalisé par NotebookLM
Evidemment que numériquement 2026 n’est que la continuité de 2025 mais ses enjeux spécifiques marqueront certainement par endroit de véritables ruptures. 2026 n’est pas une étape de plus dans la polycrise. Plus tard, les historiens diront que c’est l’année où la planète a commencé à changer de logiciel sans écran de veille ni mode sécurisé. Nous entrons dans un monde de souveraineté fragmentée et de grande adaptation. Souveraineté fragmentée, parce que chaque puissance tente de verrouiller son périmètre, ses données, ses frontières, ses ressources en faisant souvent fi du droit international. Grande adaptation, parce que ceux qui ne réorganiseront pas leur manière de produire, de se défendre, de se former et de coopérer se retrouveront immédiatement en retard.
Alors, que mettons-nous sous le mot « enjeux » en 2026 ? Surtout pas une liste anxiogène, mais quelques lignes de force qui vont décider du prix à payer pour notre impréparation ou, au contraire, pour notre capacité à nous réinventer.
I. La géopolitique de la force brute et des zones grises
Premier constat, la planète n’est plus gouvernée par des équilibres, mais par des rapports de force assumés. La loi du Talion règne ! À Washington, Donald Trump entame la seconde année de son second mandat, entouré d’une majorité républicaine qui pousse très loin la logique America First, version deux. Le message est clair. L’objectif prioritaire consiste à sécuriser l’hémisphère occidental en commençant par les USA en affaiblissant même ses alliés historiques (diviser pour mieux régner comme on peut le voir avec ses attaques répétées sur l’UE), défendre une domination énergétique fondée sur les hydrocarbures, imposer des barrières douanières massives à ceux qui contestent cette stratégie et à intervenir sur d’autres territoires (Iran, soutien à Israël, ambiguïté avec la Russie, Canada, Groenland et …).
L’opération annoncée le 3 janvier, avec la capture de Nicolás Maduro par les forces américaines, confirme ce retour spectaculaire à une doctrine Monroe musclée. Pour la première fois depuis l’opération au Panama en 1989, Washington renverse un dirigeant en Amérique latine par la force. Derrière le discours sur la lutte contre le narcotrafic, la lecture stratégique est transparente. Verrouillage du pétrole vénézuélien. Mise en garde adressée à la Chine et à la Russie, très présentes dans la région. Et message adressé au reste du monde. Les États-Unis ne veulent plus être le gendarme global, mais le propriétaire sourcilleux de leur arrière-cour et de leurs ressources. Au même moment, la guerre en Ukraine s’installe dans le temps long. En 2025, la Russie a enregistré ses gains territoriaux les plus importants depuis la première année d’invasion, environ 5 600 kilomètres carrés (ce qui n’est pas grand-chose compte tenu des moyens déployés), sans pour autant provoquer de bascule stratégique décisive. Les USA soufflent le chaud et le froid selon les jours. Nous sommes dans une guerre d’usure, de drones, de robots, de missiles sur les infrastructures, de frappes répétées sur le système énergétique ukrainien. Les scénarios dominants ne parlent plus de victoire rapide, mais de quatre issus possibles, toutes coûteuses : prolongation du conflit à basse intensité, nouvelle percée russe, cessez-le-feu bancal, ou accord de paix fragile.
L’Europe se retrouve au milieu du gué. Elle arme, elle sanctionne, elle se réarme mais surtout elle doute. Elle n’est pas prête, trop complexe, pas assez intégrée pour s’imposer et en plus, elle subit les coups de boutoir bien orchestrés des USA, de la Russie, de la Chine et de leurs alliés européens eux-mêmes pour qu’elle implose. Elle craint la lassitude de l’opinion, la pression sur ses budgets, le risque d’un désengagement américain si les priorités de Washington se déplacent vers l’Indo Pacifique ou vers sa propre frontière sud. Dans ce paysage défensif, une lumière faible apparaît avec la Bulgarie qui rejoint la zone euro au premier janvier 2026.
À l’est, une autre ligne de fracture s’embrase. À la fin 2025, Pékin a mené autour de Taïwan ses plus vastes manœuvres militaires à ce jour, « Justice Mission », avec blocage simulé des ports, déploiement massif de navires et d’avions et démonstration de capacités d’encerclement de l’ile. En ce début 2026, les intrusions aériennes et navales se poursuivent, sous protestation américaine qui appelle à la retenue. Ces jérémiades ne masquent pas l’érosion progressive du statu quo. La rivalité États Unis Chine ne se résume plus à une guerre commerciale dans laquelle la dernière citée a pris progressivement l’ascendant Elle s’articule désormais autour de deux récits énergétiques et technologiques antagonistes. D’un côté, une Amérique qui assume son statut de superpuissance pétrolière et gazière, relance les forages, réduit les soutiens aux renouvelables et transforme chaque cargaison de GNL en outil de pression diplomatique. De l’autre, une Chine qualifiée d’électro État, qui investit massivement dans les panneaux solaires, les batteries, les véhicules électriques (BYD a par exemple largement dépassé Tesla dans le nombre de véhicules électriques vendus : 2.2 millions contre 1.6 avec au passage un différentiel de valorisation inversé : 1350 milliards de dollar pour Tesla et que 175 milliards pour BYD )tout simplement car Tesla n’est valorisé que sur la base d’une promesse à 10 ans sans réalité économique) et exporte ses technologies propres plus qu’aucun autre pays. L’Union européenne se retrouve coincée dans cet étau. Elle dépend encore du gaz américain, achète des équipements verts chinois, tente de défendre une souveraineté technologique qui ressemble parfois à un vœu pieux. Le tout dans un contexte de fragmentation commerciale, où les droits de douane prolifèrent et où l’Organisation mondiale du commerce perd peu à peu son rôle d’arbitre.
Enfin, il y a le Sud global. Ni aligné sur Washington, ni prêt à se livrer entièrement à Pékin. De plus en plus de pays revendiquent un non-alignement actif. Ils négocient, tirent parti de la concurrence entre grandes puissances, exigent des contreparties, rejoignent des formats comme les BRICS élargis tout en gardant un pied dans les institutions occidentales. Ils veulent du financement, de la technologie, de la reconnaissance et le tout sans sermon moral. Ils savent pour le vivre que la polycrise n’est pas une théorie pour colloques, mais une réalité quotidienne faite de dette, de vulnérabilité climatique et d’instabilité politique.
En 2026, la carte du monde ressemble à un puzzle dont chaque pièce protège ses intérêts immédiats. La coopération existe encore mais elle avance sur un sol miné et est très exposée au sens du vent.
II. Une économie sous anesthésie légère et sous haute tension
Les chiffres donnent une illusion de normalité dans nos indicateurs économiques habituels. L’ONU anticipe une croissance mondiale d’environ 2,9 pour cent en 2026, proche de la moyenne de ces dernières années. Le commerce mondial devrait croître au même rythme, mais moins vite qu’avant, freiné par les barrières et la méfiance. Ces prévisions sont loin d’être certaines car la situation est fragile.
Premier enjeu, la fin de l’illusion du libre échange illimité. Les droits de douane sont redevenus des armes politiques. Donald Trump menace des taxes de cent pour cent sur les pays jugés hostiles aux intérêts américains, notamment certains membres des BRICS qui contestent la suprématie du dollar. En retour, la Chine défend ses champions industriels, subventionne massivement ses exportations de véhicules électriques, de panneaux solaires, de batteries, au risque de créer des surcapacités et des tensions commerciales avec l’Europe autant qu’avec les États Unis.
Deuxième enjeu, la fatigue de la dette. Les États ont empilé des déficits pour amortir la pandémie, la crise énergétique ou encore la guerre. Les banques centrales, elles, tentent de piloter l’atterrissage avec des taux encore élevés, dans un environnement où la moindre erreur de trajectoire peut déclencher une crise de confiance. Il suffit d’imaginer un choc sur les obligations japonaises ou un doute prolongé sur la soutenabilité de la dette américaine pour comprendre à quel point le système reste fragile. Le miracle financier de la chaine de valeur de l’IA peut exploser à tout moment.
Troisième enjeu, la contrainte physique. Derrière les courbes de PIB se cache une course beaucoup plus rude. L’IA, la transition énergétique, la numérisation généralisée absorbent des quantités colossales de cuivre, de lithium, de cobalt, de nickel. Les rapports de l’Agence internationale de l’énergie alertent sur des tensions croissantes sur ces minerais critiques, concentrés dans quelques pays, parfois politiquement instables. Le goulot ne vient pas seulement des métaux. Les centres de données, qui font tourner les modèles d’IA et les services numériques, vont plus que doubler leur consommation d’électricité d’ici 2030 si la tendance actuelle se prolonge. Ils consomment aussi de l’eau en volumes qui commencent à devenir politiquement explosifs. Dans certaines régions des États-Unis, la demande en eau de ce secteur pourrait plus qu’être multipliée par dix en quelques années, selon des analyses récentes, tandis que des travaux académiques montrent qu’une grande partie des sites de production de semi-conducteurs se situe dans des bassins soumis à un risque élevé de stress hydrique à l’horizon 2030 ou 2040. Concrètement, cela signifie que l’IA consomme du vivant. Elle déplace de l’eau, de l’énergie et des matières qui manquent déjà ailleurs. Le nuage n’est pas un nuage. C’est un réseau de bâtiments qui pompent de l’électricité et de l’eau dans des territoires souvent mal préparés à ce choc de demande.
Dernier point, la géoéconomie de la rareté commence à structurer les alliances autant que la géopolitique classique. Les pays qui maîtrisent un segment stratégique de la chaîne IA énergie ressources peuvent imposer des arbitrages à leurs partenaires. Le pouvoir se mesure aussi en capacité à alimenter ses modèles et ses serveurs quand d’autres subiront des coupures et non plus seulement en nombre de divisions ou en arsenal nucléaire.
III. Souveraineté numérique, économie de l’algorithme et crise de la vérité
2026 marque aussi l’entrée dans une nouvelle phase de la révolution numérique. Nous avons quitté l’époque de la « hype » pour entrer dans celle de la normalisation forcée.
D’abord, les États organisent leurs propres souverainetés numériques. Les données sensibles ne partent plus librement sur des clouds étrangers. Les pays construisent leurs infrastructures, entraînent leurs grands modèles, déploient des clouds régionaux, imposent des conditions de localisation et de contrôle. L’Union européenne avance, parfois maladroitement, avec son AI Act qui encadre les systèmes à haut risque, impose des obligations spécifiques aux modèles de fondation, prévoit des exigences de transparence, de tests, de gouvernance et subit les foudres des champions de la tech américaines avec le soutien appuyé de leur gouvernement.
Cette course à l’IA souveraine répond à une intuition simple. Les modèles généralistes ne sont pas neutres. Ils reflètent la culture, les intérêts et les biais de ceux qui les entraînent. Laisser l’ensemble des infrastructures cognitives du futur entre les mains de quelques entreprises américaines ou chinoises reviendrait à déléguer une part de la souveraineté politique aux actionnaires de ces groupes dont certains ne cachent pas leurs sombres desseins.
Ensuite, le marché du travail se transforme dans le dur. La question n’est plus de savoir si l’IA va « supprimer des emplois », mais combien, où, et à quelle vitesse nous requalifions les personnes touchées. Les travaux récents du Forum économique mondial estiment qu’environ 59 personnes sur 100 dans la population active mondiale devront se former de nouveau ou se perfectionner d’ici 2030, sous peine d’obsolescence de leurs compétences. Les tâches administratives, une partie de la rédaction, certaines fonctions de support s’automatisent rapidement, ... En parallèle, la demande explose pour des profils capables de combiner compétences techniques, compréhension de l’IA, réflexion éthique, créativité, gestion de la complexité. Le vrai risque n’est donc pas la disparition du travail à 5 ans. Le vrai risque, c’est un fossé massif entre ceux qui disposent de ces compétences hybrides et ceux que le système laisse sur le quai avec un sentiment de déclassement accéléré.
Enfin, l’architecture même de l’information bascule. Nous sommes entrés dans ce que l’on pourrait appeler l’Internet mort, où la majorité des contenus visibles ont été générés, remixés et amplifiés par des machines. Les attaques par deepfake deviennent moins spectaculaires mais plus ciblées. Des études montrent que les grandes plateformes en Europe devront, à partir de 2026, identifier et labelliser les contenus manipulés, audio comme vidéo, sous l’effet combiné du Digital Services Act et de l’AI Act. La réalité, hélas, ne se laisse pas réguler si facilement. Une enquête récente a montré comment une information fausse s’infiltre rapidement dans les IA (le dernier trimestre de 2025 a vu de nombreux exemples de ce type avec GROK d’Elon Musk). La Russie dispose d’un savoir-faire remarquable en la matière.
La vérité ne disparaît pas. Elle se fragmente en bulles narratives où chacun trouve la version qui conforte ses peurs ou ses intérêts. Les algorithmes sont des dispositifs de pouvoir qui hiérarchisent les sujets, amplifient certains récits et invisibilisent d’autres en fonction de leur objectif fixé par leurs créateurs. Une véritable digitalocratie, où des « algorithmes rois » orientent nos choix sans visage ni responsabilité explicite.
La régulation n’est pas suffisante. L’enjeu de 2026 consiste à reconstruire une culture de la vérification, du doute, de la confrontation à l’altérité humaine, dans un monde où parler à une machine devient souvent plus simple que dialoguer avec un voisin.
IV. Le climat et le vivant, du futur abstrait au coût immédiat
Sur le front du climat, la période des avertissements polis de la nature est terminée. Les rapports de l’Organisation Météorologique Mondiale confirment que 2024 a été l’année la plus chaude jamais mesurée, avec des records de chaleur océane et de montée des eaux qui flirtent avec l’irréversible. En 2025, le monde a connu l’une de ses trois années les plus chaudes, et pour la première fois, la moyenne sur trois ans a dépassé la barre symbolique des 1,5 degré par rapport à l’ère préindustrielle. Le dernier rapport du Lancet sur le climat et la santé estime qu’en moyenne une personne meurt chaque minute dans le monde à cause des vagues de chaleur, avec une augmentation de plus de vingt pour cent des décès liés à la chaleur en une décennie. Une étude pour la Chambre de commerce internationale évalue le coût économique de près de 4 000 événements climatiques extrêmes sur dix ans à plus de deux mille milliards de dollars.
Dans le même temps, l’Emissions Gap Report 2024 rappelle que, au rythme actuel des engagements et des politiques, le monde se dirige vers un réchauffement supérieur à 2,5 degrés, malgré les promesses répétées de maintenir l’objectif de 1,5 degré « vivant ».
Autrement dit, 2026 s’ouvre sur une contradiction violente. Nous parlons de transition, nous installons des panneaux solaires, des éoliennes, des véhicules électriques, mais nous continuons à subventionner les énergies fossiles pour près de mille milliards de dollars par an et à ouvrir de nouveaux projets pétroliers ou gaziers. Tout ceci sans parler des polluants éternels, des pesticides interdits dans l’eau de pluie, des zoonoses à venir, …
Le lien avec l’IA est direct. Les mêmes rapports qui saluent le potentiel de l’IA pour optimiser les réseaux électriques ou réduire les émissions industrielles alertent sur la hausse de la demande électrique liée aux centres de données, aux modèles géants, aux blockchains. Dans certaines régions, cette demande supplémentaire oblige à rallumer des centrales à charbon ou à gaz, surtout lorsque les investissements dans les réseaux et les capacités renouvelables n’ont pas suivi.
Et puis il y a l’eau, encore elle. Les études sur les data centers et les usines de semi-conducteurs montrent que près de quarante pour cent des capacités existantes ou en construction se situent dans des bassins qui affronteront un stress hydrique élevé dans les prochaines décennies. La concurrence pour l’eau entre l’agriculture, l’industrie, le refroidissement des serveurs et les besoins humains directs va devenir l’un des grands conflits silencieux des années à venir.
En 2026, l’enjeu est de trouver comment gérer la collision entre trois urgences : limiter la casse, s’adapter aux impacts déjà inévitables et maintenir une croissance minimale dans des sociétés déjà fracturées. Mais il ne faut surtout pas s’arrêter à ces solutions sans avenir. Nous devons définir notre objectif à 50 ans puis nous donner les moyens de réussir en utilisant les bons leviers : argent, lois, contraintes, KPI, … tout. Pour cela, nous allons devoir abandonner de nombreux acquis, habitudes et revoir nos façons de penser et de faire. Sommes-nous prêts ? Combien d’entre nous sommes réellement prêts ?
V. Démocraties sous algorithmes, sociétés sous pression et sport vitrine
L’année 2026 rassemble plus de quarante scrutins nationaux à travers le monde, impliquant près d’un cinquième de la population mondiale. Elections législatives, présidentielles, référendums. Bangladesh, Brésil, Israël, Suède, États Unis pour les élections de mi-mandat, sans oublier de nombreux pays africains et asiatiques. Chaque campagne se déroule dans un environnement informationnel saturé où la frontière entre communication politique et manipulation automatisée devient poreuse. Les régulateurs tentent de réagir. Des lois se multiplient, notamment aux États Unis, pour encadrer l’usage des deepfakes en politique, avec obligation de mentionner les manipulations, voire interdiction temporaire de certains contenus à l’approche des scrutins. L’Union européenne impose aux grandes plateformes des obligations de transparence et de modération renforcées, avec des sanctions financières lourdes en cas de manquement.
Malgré cela, les élections de 2026 risquent de servir de laboratoire à grande échelle pour l’ingénierie électorale automatisée. L’IA génère des messages micromillésimés, adaptés à chaque segment d’électeurs, teste en temps réel les récits qui mobilisent ou démobilisent et amplifie les émotions négatives.Le danger le plus profond est dans l’érosion lente de la confiance dans tout ce qui ressemble à un fait.
En parallèle, la santé mentale devient un enjeu politique. Les commissions récentes du Lancet et plusieurs méta analyses montrent une détérioration continue de la santé mentale des jeunes depuis vingt ans, aggravée par la pandémie, la précarité, l’angoisse climatique et la pression des réseaux sociaux. Le malaise traverse aussi les salariés confrontés à l’automatisation, les populations exposées aux catastrophes climatiques répétées ou encore les soignants épuisés par des systèmes hospitaliers sous tension. Les sociétés modernes parlent plus que jamais de bien être, tout en produisant des environnements qui sapent la capacité à se projeter sereinement. C’est peut-être l’un des paradoxes les plus violents de 2026.
Au milieu de ces fractures, le sport joue son rôle habituel de miroir grossissant et de distraction organisée. La Coupe du monde 2026, qui se tiendra en Amérique du Nord, sera la plus grande de l’histoire, avec quarante-huit équipes, cent quatre matches et un format étendu sur trente-neuf jours, jusqu’à une finale à New Jersey avec un premier show musical de mi-temps à l’américaine. Les projections parlent de dizaines de milliards de dollars d’impact économique et de recettes record, jusqu’à onze milliards pour le cycle 2023 2026 et plus de soixante milliards de retombées combinées avec la Coupe du monde des clubs, selon des études conjointes de la FIFA et de l’OMC.
Mais derrière la fête, les critiques fusent. Prix des billets en forte hausse, accessibilité limitée par les règles de visas, empreinte environnementale d’un tournoi éclaté sur tout un continent, ... Plusieurs analyses dénoncent un événement de plus en plus façonné par des intérêts commerciaux et politiques, au détriment des discours officiels sur l’inclusion et les droits humains. Le sport, une fois encore, raconte la même chose que la géopolitique et l’économie. Une façade spectaculaire, brillante, qui masque mal les tensions sociales, les inégalités d’accès et les arbitrages environnementaux peu glorieux.
Dans ce contexte, les grandes démocraties affrontent un double défi. Protéger l’intégrité de leurs processus électoraux sous pression algorithmique et reconstruire un contrat social crédible à l’heure où les classes moyennes voient le logement devenir inaccessible, les services publics se déliter, les perspectives se réduire à la gestion de crise permanente, …
Résilience radicale ou confort de l’illusion
Que reste-t-il, alors, lorsque l’on assemble ces pièces ? Une géopolitique pilotée par la force et la rareté. Une économie qui avance dans sa logique sans marge de manœuvre. Une révolution numérique qui concentre le pouvoir et fragilise la vérité. Un climat qui présente l’addition plus vite que prévu. Des sociétés perdues, inquiètes, bombardées de contenus et en quête de sens.
2026 n’est pas automatiquement l’année de la catastrophe. C’est l’année du tri entre ceux qui se contenteront de « gérer » la polycrise en espérant que la prochaine vague sera moins haute et ceux qui accepteront de refondre leurs structures, leurs modèles mentaux, leurs infrastructures, en assumant le coût politique et financier de cette transformation.
Pour les États comme pour les entreprises, trois capacités à 5 ans deviennent vitales.
La première, bâtir des tampons. Tampons physiques, avec des infrastructures résilientes aux chocs climatiques. Tampons économiques, avec des chaînes de valeur diversifiées, capables d’encaisser une rupture d’approvisionnement ou un choc énergétique. Tampons numériques, avec des architectures d’IA et de données robustes, auditables et moins dépendantes d’un petit nombre de fournisseurs.
La deuxième, investir dans le capital humain à une échelle inédite. Il ne s’agit pas seulement de proposer quelques formations en ligne, mais organiser une véritable révolution de la requalification, alignée sur les transformations du travail et de la technologie. Nous devons accepter que la compétence centrale du siècle combine compréhension des systèmes, pensée critique, empathie et capacité à collaborer avec des machines sans se laisser dissoudre par elles.
La troisième, réhabiliter la responsabilité. Responsabilité des décideurs politiques, qui ne peuvent plus traiter le climat, l’IA, la santé mentale ou la souveraineté numérique comme des dossiers séparés. Responsabilité des dirigeants économiques, qui doivent cesser de considérer les impacts environnementaux ou sociaux comme des externalités gérables par la communication. Responsabilité des citoyens, enfin, qui ne peuvent pas déléguer indéfiniment leurs choix à des algorithmes de recommandation ou à des leaders charismatiques. Nous devons être acteurs par nos votes, notre consommation, nos actes et nos introspections positives.
Le défi du siècle consiste à nous rendre plus vivants à travers les machines, plus lucides sur les limites du vivant qui nous porte, plus exigeants sur la manière dont nous distribuons le pouvoir dans cette nouvelle civilisation algorithmique.
En 2026, l’histoire accélère sans ceinture de sécurité. Nous pouvons encore choisir de ne pas rester un simple passager. La grande adaptation commence à l’endroit où nous acceptons d’ouvrir les yeux sur la fragmentation actuelle sans résignations pour y tracer, patiemment, les ponts qui manquent pour la l’organisation sociétale que nous désirons. Et si on commençait par la définir ?
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Bonnes métamorphoses et à la semaine prochaine !
Stéphane