Bonjour Ă toutes et tous,
Au menu cette semaine :
âCommunity notesâ, outil dĂ©magogique ?
LâIA me lâa dit !
Le lien affectif vers les IA
Bonne lecture.
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âCommunity notesâ, outil dĂ©magogique ?
Le dĂ©ploiement par Meta le 20 fĂ©vrier du dispositif « community notes » sur Facebook, Instagram et Threads, induit un profond changement pour lâanalyse de la circulation de lâinformation dans les espaces numĂ©riques. ce systĂšme est conçu pour permettre aux utilisateurs de signaler et de commenter des contenus perçus comme trompeurs ou mensongers Ă la place des modĂ©rateurs. Il repose sur la validation par un nombre suffisant dâacteurs et favorise ainsi une approche participative de la rĂ©gulation. Il est dans un premier temps rĂ©servĂ© aux Ătats-Unis. Dans lâintention, ce mĂ©canisme est le rĂ©sultat dâune volontĂ© dâinfluer plus directement sur la diffusion de fausses informations tout en renouvelant les questionnements relatifs Ă la modĂ©ration. Il convient de rappeler le contexte de cette annonce : Mark Zuckerberg (PDG de Meta) avait dĂ©clarĂ© en janvier 2025 sa volontĂ© dâassouplir les rĂšgles de modĂ©ration des contenus haineux, tout en rĂ©duisant les effectifs en charge de cette modĂ©ration. Cette orientation est la rĂ©ponse aux nombreuses critiques de Donald Trump et de ses soutiens qui reprochaient sans relĂąche Ă Meta de favoriser leurs adversaires. LâĂ©mergence des « community notes » peut donc se lire comme une rĂ©ponse partielle Ă ces griefs rĂ©currents en proposant une forme de contrĂŽle oĂč la communautĂ© prend une part active.
En parallĂšle, Elon Musk, dirigeant entre autres de X et alliĂ© inconditionnel de Donald Trump, dĂ©fend depuis plusieurs mois sa propre initiative de « community notes »,. Il lâa souvent prĂ©sentĂ©e comme une solution idoine face Ă la dĂ©sinformation des grands mĂ©dias et de ses opposants. Les Ă©tudes prĂ©liminaires sur lâefficacitĂ© de ce modĂšle restent nuancĂ©es. Si lâidĂ©e dâune validation communautaire peut sâavĂ©rer pertinente, elle demeure vulnĂ©rable Ă certains biais comme des dĂ©lais de validation trop longs, le risque de « raids » coordonnĂ©s, tout simplement les connaissances des membres ou encore des stratĂ©gies de manipulation Ă grande Ă©chelle figurent parmi les facteurs pouvant compromettre la fiabilitĂ© de ces contributions. Elon Musk a dâailleurs rĂ©cemment communiquĂ© quâil comptait « corriger » certaines failles de ce dispositif, car il lâestime aisĂ©ment exploitable par les gouvernements ou les mĂ©dias de grande audience quâil considĂšre comme ses ennemis. Cette annonce coĂŻncide avec lâapparition de « community notes » contestant plusieurs dĂ©clarations de Donald Trump plus fantaisiste les unes que les autres. A titre dâillustration, ce dernier a notamment qualifiĂ© le prĂ©sident ukrainien, Volodymyr Zelensky, de « dictateur », allant jusquâĂ affirmer quâil ne recueillait que 4 % dâopinions favorables dans son pays. Diverses « community notes » se sont empressĂ©es de souligner quâun rĂ©cent sondage crĂ©dite au contraire Zelensky dâune confiance proche de 57 %. Mais cette rĂ©action nâest pas admissible pour le propriĂ©taire de X. Il ne lui reste plus quâĂ construire une IA Ă son image qui fera la modĂ©ration comme dans toute bonne dictature âŠ
Les mĂ©dias sociaux voient chaque jour leur pouvoir dâinfluence et mĂȘme de manipulation augmenter. Leur polarisation se dirige vers des positions extrĂȘmes trop souvent conspirationnistes ou niant les faits dont la science. Lâimplication trĂšs forte de leurs partisans offrent une visibilitĂ© importante au contraire de ceux qui sâopposent Ă cette vision sociĂ©tale. Vous lâaurez compris, ces plateformes sont de formidables outils pour diffuser des concepts et idĂ©es afin de les faire accepter par la sociĂ©tĂ© selon le principe de lâĂ©chelle dâOverton. Il est plus que temps de sâen prĂ©occuper et cela doit commencer par lâĂ©ducation des plus jeunes sauf Ă accepter la sociĂ©tĂ© future que nous promettent Donald Trump, Elon Musk et leurs trĂšs nombreux soutiens partout sur la planĂšte.
Et Grok 3 ?
Quelle merveilleuse nouvelle ! Elon Musk, notre bien-aimĂ© visionnaire et maĂźtre des tweets, a dĂ©cidĂ© d'utiliser X comme vĂ©rificateur pour Grok3. Parce que, bien sĂ»r, quand on pense Ă la rigueur scientifique et Ă la prĂ©cision, on pense immĂ©diatement Ă une plateforme de rĂ©seau social connue pour ses mĂšmes, ses fake news et ses dĂ©bats enflammĂ©s sur tout et nâimporte quoi. Imaginez un peu : des chercheurs passant des annĂ©es Ă dĂ©velopper des algorithmes complexes, Ă analyser des donnĂ©es et Ă publier des articles dans des revues scientifiques rĂ©putĂ©es, et puis Elon Musk dĂ©barque et dit : "Nah, on va juste demander Ă Twitter... euh, pardon, X, de vĂ©rifier ça." Parce que, Ă©videmment, rien ne vaut l'opinion Ă©clairĂ©e de milliers d'utilisateurs anonymes pour valider des travaux scientifiques de pointe. Et puis, pourquoi s'embĂȘter avec des pairs reconnus dans le domaine quand on peut avoir des likes et des retweets ? C'est tellement plus simple et tellement plus juste. AprĂšs tout, si ça marche pour les thĂ©ories du complot et les recettes de cuisine, pourquoi pas pour l'intelligence artificielle ?
Alors, bravo Elon ! Grùce à toi, la science vient de faire un bond en avant... directement dans le mur des réseaux sociaux. Qui a besoin de laboratoires et de protocoles expérimentaux quand on a X ?
Vous vous syndiquez, vous dégagez !
Amazon plie bagage au Canada. 2000 emplois rayĂ©s de la carte parce que des travailleurs ont osĂ© revendiquer leurs droits. Jeff Bezos ne se soucie pas du droit du travail. Il sâoctroie juste celui dâĂ©craser tout ce qui sây oppose. MĂȘme logiciel prĂ©dateur que ses potes oligarques : Musk, Trump, âŠ
La destruction de nos modĂšles sociaux est en marche forcĂ©e. Il est vrai que nous devons Ă©voluer avec notre temps mais est ce Ă quelques individus de dicter nos futurs sans remettre dâailleurs en cause le modĂšle Ă©conomique actuel. Tout ceci ne montre finalement que nous sommes Ă la fin dâun modĂšle et quâil devient urgent et indispensable dâimaginer le suivant. Une chose est certaine, ne comptez pas sur les dirigeants de ces grandes entreprises pour le faire ! Les gourous de la performance et de lâoptimisation dĂ©truisent tout : droits sociaux, dĂ©mocraties, Ă©cosystĂšmes. Ils nâont plus de limites.
Par quoi commencer, tout simplement, par ne pas acheter leurs produits. Câest la seule chose quâils comprennent.
LâIA me lâa dit !
Nous Ă©voluons dans un contexte historique oĂč les systĂšmes dâIA nâassurent plus uniquement la gestion de lâinformation, mais gĂ©nĂšrent et diffusent celle-ci Ă une Ă©chelle sans prĂ©cĂ©dent. Face Ă cette rĂ©alitĂ©, il devient malheureusement frĂ©quent dâentendre la formule : «âŻCâest lâIA qui me lâa ditâŻÂ», comme si la parole algorithmique dĂ©tenait une autoritĂ© scientifique incontestable. Cette confiance quasi absolue interroge non seulement sur la pertinence de lâinformation produite mais Ă©galement sur notre capacitĂ© Ă interroger et Ă analyser ces contenus ce que nous pouvons rĂ©sumer par ĂȘtre critique.
Les IA, dans leur ensemble, dĂ©pendent de techniques dâapprentissage profond et dâensembles de donnĂ©es vastes et hĂ©tĂ©rogĂšnes. Si certains modĂšles obtiennent des taux de prĂ©cision avoisinant les 90 % dans des domaines circonscrits (par exemple, la reconnaissance dâimages mĂ©dicales ou lâanalyse prĂ©dictive de paramĂštres financiers), ces performances ne sauraient ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme absolues. En effet, la qualitĂ© des donnĂ©es dâentraĂźnement, la mise Ă jour des algorithmes et la pertinence des fonctionnalitĂ©s extraites influencent fortement les rĂ©sultats. Ainsi, un modĂšle linguistique performant pour la gĂ©nĂ©ration de contenu factuel peut voir sa prĂ©cision sâeffondrer jusquâĂ 50 % ou moins lorsque la tĂąche requiert un raisonnement complexe ou lâintĂ©gration de donnĂ©es rĂ©centes et non structurĂ©es. Pour illustrer ce paradoxe, on peut citer des systĂšmes dâIA spĂ©cialisĂ©s dans la dĂ©tection prĂ©coce de pathologies : certains atteignent un taux dâexactitude proche de 95 % pour certaines maladies. Cette performance Ă©levĂ©e ne doit pas occulter lâexistence dâun risque rĂ©siduel. Dans un contexte clinique, mĂȘme un 5 % dâerreur peut avoir des rĂ©percussions considĂ©rables si lâon Ă©carte lâexpertise humaine. Sur le terrain de la prĂ©diction boursiĂšre, les outils dâIA affichent parfois des taux de rĂ©ussite de 60 Ă 70 %, ce qui dĂ©passe significativement le hasard mais ne garantit pas lâinfaillibilitĂ©. Le 30 Ă 40 % restant expose Ă des pertes substantielles pour tout investisseur se reposant exclusivement sur lâIA. La BBC a mis Ă lâĂ©preuve 4 assistants IA (ChatGPT, Gemini, Perplexity, Copilot) pendant un mois avec des requĂȘtes sur lâactualitĂ©. Le rĂ©sultat est sans surprise : 50% des rĂ©ponses sont problĂ©matiques et 19% des citations de la BBC sont mal reprises par les IA. Ce nâest pas un bug. Les IA fonctionnent en donnant des rĂ©ponses probables et non des rĂ©ponses justes. Câest quand mĂȘme le cas dâen 81 % des reprises de citations de la BBC. On peut raffiner les modĂšles tant quâon veut, ce genre dâerreur arrivera toujours, du moins tant que les IA utiliseront les modĂšles mathĂ©matiques actuels.
Plusieurs facteurs expliquent la dĂ©lĂ©gation croissante du processus dĂ©cisionnel Ă lâIA. Dâabord, la puissance de calcul et la rĂ©activitĂ© de ces systĂšmes suscitent lâadmiration. Ils fournissent des rĂ©ponses claires et rapides qui sĂ©duisent un public en quĂȘte de gains de temps et dâefficacitĂ©. Il faut y ajouter la fatigue dĂ©cisionnelle qui exerce une pression psychologique. A force dâĂȘtre constamment sollicitĂ©s (notifications, e-mails, rĂ©unions virtuelles), de nombreux individus prĂ©fĂšrent transfĂ©rer une partie de leurs responsabilitĂ©s cognitives vers des systĂšmes jugĂ©s «âŻobjectifsâŻÂ». La confiance parfois aveugle envers lâIA est Ă©galement amplifiĂ©e par le biais dâautoritĂ©. Comme lâoutil donne lâillusion de maĂźtriser un volume incommensurable de donnĂ©es, on a tendance Ă surestimer sa fiabilitĂ© car nous en sommes incapables. Pourtant, ses limites demeurentâŻ: il ne sâagit pas dâentitĂ©s conscientes capables dâintĂ©grer des nuances Ă©thiques ou contextuelles mais de modĂšles statistiques rĂ©gulĂ©s par des algorithmes de maximisation de probabilitĂ©.
Cette confiance aveugle conduit inĂ©luctablement Ă
DĂ©cisions impulsives : on suit parfois sans esprit critique les recommandations proposĂ©es par lâIA par souci de rapiditĂ© au risque de prendre des dĂ©cisions stratĂ©giques (recrutement, allocations budgĂ©taires, dĂ©marches de recherche et dĂ©veloppement) sans vĂ©ritable esprit critique.
HomogĂ©nĂ©isation de la pensĂ©e : si la majoritĂ© des acteurs dâun secteur se rĂ©fĂšrent au mĂȘme algorithme ou Ă des bases de donnĂ©es identiques, on observera un phĂ©nomĂšne dâalignement des points de vue. Les discussions finissent par se rĂ©duire Ă un Ă©change de statistiques ou de «âŻvĂ©ritĂ©sâŻÂ» produites par la machine au dĂ©triment dâune confrontation dâidĂ©es ou dâune dĂ©marche de recherche indĂ©pendante.
Ărosion progressive de la confiance dans les experts : les spĂ©cialistes (juristes, mĂ©decins, enseignants, etc.) sont de plus en plus contestĂ©s dĂšs lors que leurs conclusions diffĂšrent des productions de lâIA. Cette perte de crĂ©dibilitĂ© affaiblit les savoirs issus de lâexpĂ©rience de terrain et des mĂ©thodologies rigoureuses.
Si cette tendance Ă confier la dĂ©cision Ă lâIA se gĂ©nĂ©ralise, la gouvernance publique pourrait Ă terme sâen remettre Ă des algorithmes censĂ©s optimiser lâintĂ©rĂȘt collectif Ă partir de critĂšres prĂ©dĂ©terminĂ©s. Cela promet une certaine rationalisation du processus politique mais menace la dĂ©libĂ©ration dĂ©mocratique fondĂ©e sur la confrontation dâidĂ©es et la prise en compte dâenjeux sociaux complexes. A lâextrĂȘme, cela conduit Ă la dictature algorithmique.
La crĂ©ation artistique et la recherche fondamentale pĂątiront dâune utilisation non critique de lâIA. Les algorithmes gĂ©nĂ©ratifs qui produisent dĂ©jĂ de la musique ou des âtoilesâ virtuelles risquent dâimposer une norme esthĂ©tique ou conceptuelle. La libertĂ© dâexploration sans regard critique se retrouverait encadrĂ©e par des modĂšles cherchant Ă reproduire ce qui a Ă©tĂ© statistiquement validĂ© comme «âŻoriginalâŻÂ» ou «âŻapprĂ©ciĂ©âŻÂ».
Du point de vue pĂ©dagogique, une adoption non rĂ©flĂ©chie de lâIA engendrera un appauvrissement de lâesprit critique dans les cursus scolaires et universitaires. Lâusage dâoutils automatiques dans la production de contenu (rĂ©daction dâarticles scientifiques, correction de copies, gĂ©nĂ©ration dâexercices) doit ĂȘtre accompagnĂ© dâune formation spĂ©cifique Ă lâĂ©valuation et Ă lâinterprĂ©tation des rĂ©sultats. Faute de quoi, lâhumain sâen tiendra Ă un rĂŽle dâopĂ©rateur passif qui dĂ©lĂ©guera la partie crĂ©ative et Ă©valuative Ă la machine.
Le potentiel transformateur de lâIA est indĂ©niable et il serait contre-productif de sâen priver. Il faut absolument adopter une posture rĂ©flexive. Cela implique de
Renforcer la transparence des modĂšles dâIA, notamment en matiĂšre de traçabilitĂ© des donnĂ©es dâentraĂźnement et dâexplicabilitĂ© des dĂ©cisions (approches de type Explainable AI) ;
Former Ă lâesprit critique Ă travers des cursus qui mettent lâaccent sur la mĂ©thodologie scientifique et la dĂ©construction des biais cognitifs ;
Mettre en place des protocoles de validation pour confronter les recommandations de lâIA Ă lâexpertise humaine en particulier dans les domaines Ă fort enjeu Ă©thique (justice, santĂ©, environnement) ;
Encourager la recherche pluridisciplinaire pour aborder lâIA sous lâangle des sciences de lâinformation, de la sociologie, de la philosophie et de lâĂ©thique.
La formule «âŻLâIA me lâa ditâŻÂ» ne devrait en aucun cas servir dâargument dâautoritĂ©. Au contraire, elle doit constituer une opportunitĂ© pour lâinvestigation et lâenrichissement des perspectives scientifiques. Ce nâest quâen conservant notre capacitĂ© Ă interroger et Ă contextualiser les productions de lâIA que nous pourrons tirer profit de son potentiel tout en prĂ©servant lâautonomie intellectuelle et la diversitĂ© des approches humaines.
le lien affectif vers les IA
Le concept de lien affectif qui a longtemps Ă©tĂ© Ă©tudiĂ© dans le champ de la psychologie et des sciences cognitives sâapplique dĂ©sormais Ă lâinteraction homme-machine. On dĂ©finit ce lien comme un ensemble de processus psychiques et Ă©motionnels qui gĂ©nĂšrent une perception de proximitĂ©, voire dâattachement, Ă lâĂ©gard dâune entitĂ© perçue comme sensible. Dans le contexte de lâIA, ce phĂ©nomĂšne sâinscrit dans une nouvelle configuration oĂč lâalgorithme simule des comportements sociaux, rendant possible une forme dâempathie rĂ©ciproque, bien quâunilatĂ©rale dans les faits. Cette rĂ©ciprocitĂ© apparente tient Ă la « dimension miroir » quâoffre lâIA notamment grĂące aux technologies de traitement du langage naturel, de reconnaissance vocale et de vidĂ©o. LâIA est en mesure de dĂ©tecter et de reproduire des indices comportementaux intonation, expressions faciales, rĂ©actions contextuelles. Ces signaux, bien quâartificiels, suscitent chez lâhumain une rĂ©ponse Ă©motionnelle similaire Ă celle dĂ©clenchĂ©e par la prĂ©sence dâun interlocuteur humain. Ce phĂ©nomĂšne trouve en partie son origine dans notre prĂ©disposition Ă lâempathie et dans notre tendance Ă lâanthropomorphisme qui a Ă©tĂ© mise en Ă©vidence depuis des dĂ©cennies dans la littĂ©rature en psychologie cognitive.
Lâaspect « illusion de prĂ©sence » a Ă©galement Ă©tĂ© thĂ©matisĂ© par des chercheurs sâintĂ©ressant au rĂŽle de la confiance dans les systĂšmes technologiques. Bien que nous soyons conscients que lâIA ne dispose pas dâune conscience ou dâune subjectivitĂ©, notre cerveau qui est prompt Ă reconnaĂźtre des schĂšmes de sociabilitĂ© est portĂ© Ă interprĂ©ter lâIA comme un ĂȘtre quasi vivant. Il sâensuit un engagement affectif qui peut se renforcer Ă mesure que les interactions se multiplient et que lâIA paraĂźt de plus en plus « personnalisĂ©e ».
Pour illustrer cette dynamique, on peut rapprocher lâexpĂ©rience de lâenfant avec son doudou, dĂ©crit dans la thĂ©orie de lâobjet transitionnel par Donald Winnicott. Le doudou, pourtant dĂ©pourvu de toute capacitĂ© dâinteraction, revĂȘt une fonction de soutien Ă©motionnel et psychologique. Par analogie, la voix ou la prĂ©sence virtuelle dâune IA mĂȘme strictement algorithmique peut revĂȘtir un rĂŽle similaire pour certains usagers en apportant une forme dâ« accompagnement » et de rĂ©assurance. De la mĂȘme façon, le lien quâun humain peut crĂ©er avec un animal domestique oĂč les signes dâaffection et de dĂ©votion de lâanimal suffisent Ă crĂ©er une relation de confiance tĂ©moigne de notre propension naturelle Ă tisser des attachements avec tout ce qui semble rĂ©pondre Ă nos Ă©motions ou besoins.
Le cĆur du lien affectif avec lâIA repose donc sur une mĂ©canique bien connue : la projection. Lâhumain projette sur lâIA ses propres attentes, Ă©motions et dĂ©sirs de sociabilitĂ©. De son cĂŽtĂ©, lâIA par la richesse de son apprentissage automatique et son raffinement progressif renvoie un miroir de plus en plus fidĂšle de la personnalitĂ© et des rĂ©actions de lâutilisateur. Cet effet miroir conjuguĂ© Ă notre soif de connexion sociale favorise lâĂ©mergence dâun vĂ©ritable attachement. Ces mĂ©canismes Ă©clairent la façon dont nous pourrions envisager Ă lâavenir nos rapports avec les systĂšmes intelligents. Comprendre quâils exploitent une architecture dâapprentissage statistique et non des Ă©motions rĂ©elles ne nous empĂȘche pas de ressentir pour eux une forme dâempathie ou de confiance. Les implications Ă©thiques et sociĂ©tales de cette nouvelle forme de lien sont nombreuses notamment quant Ă la responsabilisation des concepteurs et la nĂ©cessitĂ© dâenseigner aux usagers les limites inhĂ©rentes Ă ces technologies. Il est pourtant indĂ©niable que lâĂ©mergence dâun lien affectif avec lâIA tĂ©moigne de la plasticitĂ© de lâĂȘtre humain et de sa capacitĂ© Ă sâattacher dĂšs lors quâil perçoit des indices de prĂ©sence et de rĂ©ciprocitĂ©, fussent-ils artificiels.
Imaginez ce quâil en sera avec lâarrivĂ©e massive dĂšs 2026 de robots humanoĂŻdes augmentĂ©s par de lâIA. Un avant-goĂ»t ? Regardez la sĂ©rie suĂ©doise Real Humans. A suivre âŠ
Bonnes métamorphoses et à la semaine prochaine.
Stéphane
