Kessel

#82 Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

💡 “Community notes”, outil dĂ©magogique ? đŸ€” Vous vous syndiquez, vous dĂ©gagez ! 🧠 L’IA me l’a dit ! 😘 Le lien affectif vers les IA

Métamorphoses
7 min ⋅ 25/02/2025

Bonjour Ă  toutes et tous,

Au menu cette semaine :

  • “Community notes”, outil dĂ©magogique ?

  • L’IA me l’a dit !

  • Le lien affectif vers les IA

Bonne lecture.


MĂ©tamorphoses Ă  l’ùre de l’Intelligence Artificielle est en commande

Le livre MĂ©tamorphoses Ă  l’ùre de l’Intelligence Artificielle est en commande. Pour ce faire, il suffit de cliquer lĂ .


“Community notes”, outil dĂ©magogique ?

Le dĂ©ploiement par Meta le 20 fĂ©vrier du dispositif « community notes » sur Facebook, Instagram et Threads, induit un profond changement pour l’analyse de la circulation de l’information dans les espaces numĂ©riques. ce systĂšme est conçu pour permettre aux utilisateurs de signaler et de commenter des contenus perçus comme trompeurs ou mensongers Ă  la place des modĂ©rateurs. Il repose sur la validation par un nombre suffisant d’acteurs et favorise ainsi une approche participative de la rĂ©gulation. Il est dans un premier temps rĂ©servĂ© aux États-Unis. Dans l’intention, ce mĂ©canisme est le rĂ©sultat d’une volontĂ© d’influer plus directement sur la diffusion de fausses informations tout en renouvelant les questionnements relatifs Ă  la modĂ©ration. Il convient de rappeler le contexte de cette annonce : Mark Zuckerberg (PDG de Meta) avait dĂ©clarĂ© en janvier 2025 sa volontĂ© d’assouplir les rĂšgles de modĂ©ration des contenus haineux, tout en rĂ©duisant les effectifs en charge de cette modĂ©ration. Cette orientation est la rĂ©ponse aux nombreuses critiques de Donald Trump et de ses soutiens qui reprochaient sans relĂąche Ă  Meta de favoriser leurs adversaires. L’émergence des « community notes » peut donc se lire comme une rĂ©ponse partielle Ă  ces griefs rĂ©currents en proposant une forme de contrĂŽle oĂč la communautĂ© prend une part active.

En parallĂšle, Elon Musk, dirigeant entre autres de X et alliĂ© inconditionnel de Donald Trump, dĂ©fend depuis plusieurs mois sa propre initiative de « community notes »,. Il l’a souvent prĂ©sentĂ©e comme une solution idoine face Ă  la dĂ©sinformation des grands mĂ©dias et de ses opposants. Les Ă©tudes prĂ©liminaires sur l’efficacitĂ© de ce modĂšle restent nuancĂ©es. Si l’idĂ©e d’une validation communautaire peut s’avĂ©rer pertinente, elle demeure vulnĂ©rable Ă  certains biais comme des dĂ©lais de validation trop longs, le risque de « raids » coordonnĂ©s, tout simplement les connaissances des membres ou encore des stratĂ©gies de manipulation Ă  grande Ă©chelle figurent parmi les facteurs pouvant compromettre la fiabilitĂ© de ces contributions. Elon Musk a d’ailleurs rĂ©cemment communiquĂ© qu’il comptait « corriger » certaines failles de ce dispositif, car il l’estime aisĂ©ment exploitable par les gouvernements ou les mĂ©dias de grande audience qu’il considĂšre comme ses ennemis. Cette annonce coĂŻncide avec l’apparition de « community notes » contestant plusieurs dĂ©clarations de Donald Trump plus fantaisiste les unes que les autres. A titre d’illustration, ce dernier a notamment qualifiĂ© le prĂ©sident ukrainien, Volodymyr Zelensky, de « dictateur », allant jusqu’à affirmer qu’il ne recueillait que 4 % d’opinions favorables dans son pays. Diverses « community notes » se sont empressĂ©es de souligner qu’un rĂ©cent sondage crĂ©dite au contraire Zelensky d’une confiance proche de 57 %. Mais cette rĂ©action n’est pas admissible pour le propriĂ©taire de X. Il ne lui reste plus qu’à construire une IA Ă  son image qui fera la modĂ©ration comme dans toute bonne dictature 


Les mĂ©dias sociaux voient chaque jour leur pouvoir d’influence et mĂȘme de manipulation augmenter. Leur polarisation se dirige vers des positions extrĂȘmes trop souvent conspirationnistes ou niant les faits dont la science. L’implication trĂšs forte de leurs partisans offrent une visibilitĂ© importante au contraire de ceux qui s’opposent Ă  cette vision sociĂ©tale. Vous l’aurez compris, ces plateformes sont de formidables outils pour diffuser des concepts et idĂ©es afin de les faire accepter par la sociĂ©tĂ© selon le principe de l’échelle d’Overton. Il est plus que temps de s’en prĂ©occuper et cela doit commencer par l’éducation des plus jeunes sauf Ă  accepter la sociĂ©tĂ© future que nous promettent Donald Trump, Elon Musk et leurs trĂšs nombreux soutiens partout sur la planĂšte.

Et Grok 3 ?

Quelle merveilleuse nouvelle ! Elon Musk, notre bien-aimĂ© visionnaire et maĂźtre des tweets, a dĂ©cidĂ© d'utiliser X comme vĂ©rificateur pour Grok3. Parce que, bien sĂ»r, quand on pense Ă  la rigueur scientifique et Ă  la prĂ©cision, on pense immĂ©diatement Ă  une plateforme de rĂ©seau social connue pour ses mĂšmes, ses fake news et ses dĂ©bats enflammĂ©s sur tout et n’importe quoi. Imaginez un peu : des chercheurs passant des annĂ©es Ă  dĂ©velopper des algorithmes complexes, Ă  analyser des donnĂ©es et Ă  publier des articles dans des revues scientifiques rĂ©putĂ©es, et puis Elon Musk dĂ©barque et dit : "Nah, on va juste demander Ă  Twitter... euh, pardon, X, de vĂ©rifier ça." Parce que, Ă©videmment, rien ne vaut l'opinion Ă©clairĂ©e de milliers d'utilisateurs anonymes pour valider des travaux scientifiques de pointe. Et puis, pourquoi s'embĂȘter avec des pairs reconnus dans le domaine quand on peut avoir des likes et des retweets ? C'est tellement plus simple et tellement plus juste. AprĂšs tout, si ça marche pour les thĂ©ories du complot et les recettes de cuisine, pourquoi pas pour l'intelligence artificielle ?

Alors, bravo Elon ! Grùce à toi, la science vient de faire un bond en avant... directement dans le mur des réseaux sociaux. Qui a besoin de laboratoires et de protocoles expérimentaux quand on a X ?


Vous vous syndiquez, vous dégagez !

Amazon plie bagage au Canada. 2000 emplois rayĂ©s de la carte parce que des travailleurs ont osĂ© revendiquer leurs droits. Jeff Bezos ne se soucie pas du droit du travail. Il s’octroie juste celui d’écraser tout ce qui s’y oppose. MĂȘme logiciel prĂ©dateur que ses potes oligarques : Musk, Trump, 


La destruction de nos modĂšles sociaux est en marche forcĂ©e. Il est vrai que nous devons Ă©voluer avec notre temps mais est ce Ă  quelques individus de dicter nos futurs sans remettre d’ailleurs en cause le modĂšle Ă©conomique actuel. Tout ceci ne montre finalement que nous sommes Ă  la fin d’un modĂšle et qu’il devient urgent et indispensable d’imaginer le suivant. Une chose est certaine, ne comptez pas sur les dirigeants de ces grandes entreprises pour le faire ! Les gourous de la performance et de l’optimisation dĂ©truisent tout : droits sociaux, dĂ©mocraties, Ă©cosystĂšmes. Ils n’ont plus de limites.

Par quoi commencer, tout simplement, par ne pas acheter leurs produits. C’est la seule chose qu’ils comprennent.


L’IA me l’a dit !

Nous Ă©voluons dans un contexte historique oĂč les systĂšmes d’IA n’assurent plus uniquement la gestion de l’information, mais gĂ©nĂšrent et diffusent celle-ci Ă  une Ă©chelle sans prĂ©cĂ©dent. Face Ă  cette rĂ©alitĂ©, il devient malheureusement frĂ©quent d’entendre la formule : « C’est l’IA qui me l’a dit », comme si la parole algorithmique dĂ©tenait une autoritĂ© scientifique incontestable. Cette confiance quasi absolue interroge non seulement sur la pertinence de l’information produite mais Ă©galement sur notre capacitĂ© Ă  interroger et Ă  analyser ces contenus ce que nous pouvons rĂ©sumer par ĂȘtre critique.

Les IA, dans leur ensemble, dĂ©pendent de techniques d’apprentissage profond et d’ensembles de donnĂ©es vastes et hĂ©tĂ©rogĂšnes. Si certains modĂšles obtiennent des taux de prĂ©cision avoisinant les 90 % dans des domaines circonscrits (par exemple, la reconnaissance d’images mĂ©dicales ou l’analyse prĂ©dictive de paramĂštres financiers), ces performances ne sauraient ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme absolues. En effet, la qualitĂ© des donnĂ©es d’entraĂźnement, la mise Ă  jour des algorithmes et la pertinence des fonctionnalitĂ©s extraites influencent fortement les rĂ©sultats. Ainsi, un modĂšle linguistique performant pour la gĂ©nĂ©ration de contenu factuel peut voir sa prĂ©cision s’effondrer jusqu’à 50 % ou moins lorsque la tĂąche requiert un raisonnement complexe ou l’intĂ©gration de donnĂ©es rĂ©centes et non structurĂ©es. Pour illustrer ce paradoxe, on peut citer des systĂšmes d’IA spĂ©cialisĂ©s dans la dĂ©tection prĂ©coce de pathologies : certains atteignent un taux d’exactitude proche de 95 % pour certaines maladies. Cette performance Ă©levĂ©e ne doit pas occulter l’existence d’un risque rĂ©siduel. Dans un contexte clinique, mĂȘme un 5 % d’erreur peut avoir des rĂ©percussions considĂ©rables si l’on Ă©carte l’expertise humaine. Sur le terrain de la prĂ©diction boursiĂšre, les outils d’IA affichent parfois des taux de rĂ©ussite de 60 Ă  70 %, ce qui dĂ©passe significativement le hasard mais ne garantit pas l’infaillibilitĂ©. Le 30 Ă  40 % restant expose Ă  des pertes substantielles pour tout investisseur se reposant exclusivement sur l’IA. La BBC a mis Ă  l’épreuve 4 assistants IA (ChatGPT, Gemini, Perplexity, Copilot) pendant un mois avec des requĂȘtes sur l’actualitĂ©. Le rĂ©sultat est sans surprise : 50% des rĂ©ponses sont problĂ©matiques et 19% des citations de la BBC sont mal reprises par les IA. Ce n’est pas un bug. Les IA fonctionnent en donnant des rĂ©ponses probables et non des rĂ©ponses justes. C’est quand mĂȘme le cas d’en 81 % des reprises de citations de la BBC. On peut raffiner les modĂšles tant qu’on veut, ce genre d’erreur arrivera toujours, du moins tant que les IA utiliseront les modĂšles mathĂ©matiques actuels.

Plusieurs facteurs expliquent la dĂ©lĂ©gation croissante du processus dĂ©cisionnel Ă  l’IA. D’abord, la puissance de calcul et la rĂ©activitĂ© de ces systĂšmes suscitent l’admiration. Ils fournissent des rĂ©ponses claires et rapides qui sĂ©duisent un public en quĂȘte de gains de temps et d’efficacitĂ©. Il faut y ajouter la fatigue dĂ©cisionnelle qui exerce une pression psychologique. A force d’ĂȘtre constamment sollicitĂ©s (notifications, e-mails, rĂ©unions virtuelles), de nombreux individus prĂ©fĂšrent transfĂ©rer une partie de leurs responsabilitĂ©s cognitives vers des systĂšmes jugĂ©s « objectifs ». La confiance parfois aveugle envers l’IA est Ă©galement amplifiĂ©e par le biais d’autoritĂ©. Comme l’outil donne l’illusion de maĂźtriser un volume incommensurable de donnĂ©es, on a tendance Ă  surestimer sa fiabilitĂ© car nous en sommes incapables. Pourtant, ses limites demeurent : il ne s’agit pas d’entitĂ©s conscientes capables d’intĂ©grer des nuances Ă©thiques ou contextuelles mais de modĂšles statistiques rĂ©gulĂ©s par des algorithmes de maximisation de probabilitĂ©.

Cette confiance aveugle conduit inéluctablement à

  • DĂ©cisions impulsives : on suit parfois sans esprit critique les recommandations proposĂ©es par l’IA par souci de rapiditĂ© au risque de prendre des dĂ©cisions stratĂ©giques (recrutement, allocations budgĂ©taires, dĂ©marches de recherche et dĂ©veloppement) sans vĂ©ritable esprit critique.

  • HomogĂ©nĂ©isation de la pensĂ©e : si la majoritĂ© des acteurs d’un secteur se rĂ©fĂšrent au mĂȘme algorithme ou Ă  des bases de donnĂ©es identiques, on observera un phĂ©nomĂšne d’alignement des points de vue. Les discussions finissent par se rĂ©duire Ă  un Ă©change de statistiques ou de « vĂ©ritĂ©s » produites par la machine au dĂ©triment d’une confrontation d’idĂ©es ou d’une dĂ©marche de recherche indĂ©pendante.

  • Érosion progressive de la confiance dans les experts : les spĂ©cialistes (juristes, mĂ©decins, enseignants, etc.) sont de plus en plus contestĂ©s dĂšs lors que leurs conclusions diffĂšrent des productions de l’IA. Cette perte de crĂ©dibilitĂ© affaiblit les savoirs issus de l’expĂ©rience de terrain et des mĂ©thodologies rigoureuses.

Si cette tendance Ă  confier la dĂ©cision Ă  l’IA se gĂ©nĂ©ralise, la gouvernance publique pourrait Ă  terme s’en remettre Ă  des algorithmes censĂ©s optimiser l’intĂ©rĂȘt collectif Ă  partir de critĂšres prĂ©dĂ©terminĂ©s. Cela promet une certaine rationalisation du processus politique mais menace la dĂ©libĂ©ration dĂ©mocratique fondĂ©e sur la confrontation d’idĂ©es et la prise en compte d’enjeux sociaux complexes. A l’extrĂȘme, cela conduit Ă  la dictature algorithmique.

La crĂ©ation artistique et la recherche fondamentale pĂątiront d’une utilisation non critique de l’IA. Les algorithmes gĂ©nĂ©ratifs qui produisent dĂ©jĂ  de la musique ou des “toiles” virtuelles risquent d’imposer une norme esthĂ©tique ou conceptuelle. La libertĂ© d’exploration sans regard critique se retrouverait encadrĂ©e par des modĂšles cherchant Ă  reproduire ce qui a Ă©tĂ© statistiquement validĂ© comme « original » ou « apprĂ©cié ».

Du point de vue pĂ©dagogique, une adoption non rĂ©flĂ©chie de l’IA engendrera un appauvrissement de l’esprit critique dans les cursus scolaires et universitaires. L’usage d’outils automatiques dans la production de contenu (rĂ©daction d’articles scientifiques, correction de copies, gĂ©nĂ©ration d’exercices) doit ĂȘtre accompagnĂ© d’une formation spĂ©cifique Ă  l’évaluation et Ă  l’interprĂ©tation des rĂ©sultats. Faute de quoi, l’humain s’en tiendra Ă  un rĂŽle d’opĂ©rateur passif qui dĂ©lĂ©guera la partie crĂ©ative et Ă©valuative Ă  la machine.

Le potentiel transformateur de l’IA est indĂ©niable et il serait contre-productif de s’en priver. Il faut absolument adopter une posture rĂ©flexive. Cela implique de

  • Renforcer la transparence des modĂšles d’IA, notamment en matiĂšre de traçabilitĂ© des donnĂ©es d’entraĂźnement et d’explicabilitĂ© des dĂ©cisions (approches de type Explainable AI) ;

  • Former Ă  l’esprit critique Ă  travers des cursus qui mettent l’accent sur la mĂ©thodologie scientifique et la dĂ©construction des biais cognitifs ;

  • Mettre en place des protocoles de validation pour confronter les recommandations de l’IA Ă  l’expertise humaine en particulier dans les domaines Ă  fort enjeu Ă©thique (justice, santĂ©, environnement) ;

  • Encourager la recherche pluridisciplinaire pour aborder l’IA sous l’angle des sciences de l’information, de la sociologie, de la philosophie et de l’éthique.

La formule « L’IA me l’a dit » ne devrait en aucun cas servir d’argument d’autoritĂ©. Au contraire, elle doit constituer une opportunitĂ© pour l’investigation et l’enrichissement des perspectives scientifiques. Ce n’est qu’en conservant notre capacitĂ© Ă  interroger et Ă  contextualiser les productions de l’IA que nous pourrons tirer profit de son potentiel tout en prĂ©servant l’autonomie intellectuelle et la diversitĂ© des approches humaines.


le lien affectif vers les IA

Le concept de lien affectif qui a longtemps Ă©tĂ© Ă©tudiĂ© dans le champ de la psychologie et des sciences cognitives s’applique dĂ©sormais Ă  l’interaction homme-machine. On dĂ©finit ce lien comme un ensemble de processus psychiques et Ă©motionnels qui gĂ©nĂšrent une perception de proximitĂ©, voire d’attachement, Ă  l’égard d’une entitĂ© perçue comme sensible. Dans le contexte de l’IA, ce phĂ©nomĂšne s’inscrit dans une nouvelle configuration oĂč l’algorithme simule des comportements sociaux, rendant possible une forme d’empathie rĂ©ciproque, bien qu’unilatĂ©rale dans les faits. Cette rĂ©ciprocitĂ© apparente tient Ă  la « dimension miroir » qu’offre l’IA notamment grĂące aux technologies de traitement du langage naturel, de reconnaissance vocale et de vidĂ©o. L’IA est en mesure de dĂ©tecter et de reproduire des indices comportementaux intonation, expressions faciales, rĂ©actions contextuelles. Ces signaux, bien qu’artificiels, suscitent chez l’humain une rĂ©ponse Ă©motionnelle similaire Ă  celle dĂ©clenchĂ©e par la prĂ©sence d’un interlocuteur humain. Ce phĂ©nomĂšne trouve en partie son origine dans notre prĂ©disposition Ă  l’empathie et dans notre tendance Ă  l’anthropomorphisme qui a Ă©tĂ© mise en Ă©vidence depuis des dĂ©cennies dans la littĂ©rature en psychologie cognitive.

L’aspect « illusion de prĂ©sence » a Ă©galement Ă©tĂ© thĂ©matisĂ© par des chercheurs s’intĂ©ressant au rĂŽle de la confiance dans les systĂšmes technologiques. Bien que nous soyons conscients que l’IA ne dispose pas d’une conscience ou d’une subjectivitĂ©, notre cerveau qui est prompt Ă  reconnaĂźtre des schĂšmes de sociabilitĂ© est portĂ© Ă  interprĂ©ter l’IA comme un ĂȘtre quasi vivant. Il s’ensuit un engagement affectif qui peut se renforcer Ă  mesure que les interactions se multiplient et que l’IA paraĂźt de plus en plus « personnalisĂ©e ».

Pour illustrer cette dynamique, on peut rapprocher l’expĂ©rience de l’enfant avec son doudou, dĂ©crit dans la thĂ©orie de l’objet transitionnel par Donald Winnicott. Le doudou, pourtant dĂ©pourvu de toute capacitĂ© d’interaction, revĂȘt une fonction de soutien Ă©motionnel et psychologique. Par analogie, la voix ou la prĂ©sence virtuelle d’une IA mĂȘme strictement algorithmique peut revĂȘtir un rĂŽle similaire pour certains usagers en apportant une forme d’« accompagnement » et de rĂ©assurance. De la mĂȘme façon, le lien qu’un humain peut crĂ©er avec un animal domestique oĂč les signes d’affection et de dĂ©votion de l’animal suffisent Ă  crĂ©er une relation de confiance tĂ©moigne de notre propension naturelle Ă  tisser des attachements avec tout ce qui semble rĂ©pondre Ă  nos Ă©motions ou besoins.

Le cƓur du lien affectif avec l’IA repose donc sur une mĂ©canique bien connue : la projection. L’humain projette sur l’IA ses propres attentes, Ă©motions et dĂ©sirs de sociabilitĂ©. De son cĂŽtĂ©, l’IA par la richesse de son apprentissage automatique et son raffinement progressif renvoie un miroir de plus en plus fidĂšle de la personnalitĂ© et des rĂ©actions de l’utilisateur. Cet effet miroir conjuguĂ© Ă  notre soif de connexion sociale favorise l’émergence d’un vĂ©ritable attachement. Ces mĂ©canismes Ă©clairent la façon dont nous pourrions envisager Ă  l’avenir nos rapports avec les systĂšmes intelligents. Comprendre qu’ils exploitent une architecture d’apprentissage statistique et non des Ă©motions rĂ©elles ne nous empĂȘche pas de ressentir pour eux une forme d’empathie ou de confiance. Les implications Ă©thiques et sociĂ©tales de cette nouvelle forme de lien sont nombreuses notamment quant Ă  la responsabilisation des concepteurs et la nĂ©cessitĂ© d’enseigner aux usagers les limites inhĂ©rentes Ă  ces technologies. Il est pourtant indĂ©niable que l’émergence d’un lien affectif avec l’IA tĂ©moigne de la plasticitĂ© de l’ĂȘtre humain et de sa capacitĂ© Ă  s’attacher dĂšs lors qu’il perçoit des indices de prĂ©sence et de rĂ©ciprocitĂ©, fussent-ils artificiels.

Imaginez ce qu’il en sera avec l’arrivĂ©e massive dĂšs 2026 de robots humanoĂŻdes augmentĂ©s par de l’IA. Un avant-goĂ»t ? Regardez la sĂ©rie suĂ©doise Real Humans. A suivre 



Bonnes métamorphoses et à la semaine prochaine.

Stéphane

Métamorphoses

Par Stéphane Amarsy

StĂ©phane est un entrepreneur visionnaire et un pionnier dans l'intersection de l'intelligence artificielle et de la transformation organisationnelle / sociĂ©tale. Fondateur de The Next Mind, il est guidĂ© par une philosophie simple, mais percutante : "Mieux vaut s'occuper du changement avant qu'il ne s'occupe de vous !"

Sa trajectoire professionnelle, marquée par la création d'Inbox, devenue plus tard D-AIM en changeant complétement de business model, des levées de fonds, la fusion avec Splio, et l'élaboration du concept disruptif d'Individuation Marketing, sert de fondation solide à sa nouvelle entreprise. The Next Mind est le fruit de décennies d'expérience dans l'accompagnement de plus de 400 entreprises à travers plus de 30 pays dans leur transformation digitale / data / IA et organisationnelle.

Auteur du livre ​​"Mon Directeur Marketing sera un algorithme"​​, qui est une description de la sociĂ©tĂ© qu'il a projetĂ©e en 2017, auteurs de nombreuses tribunes, confĂ©rencier et intervenant dans plusieurs universitĂ©s et Ă©coles, il ne se contente pas de prĂȘcher la transformation, il l'incarne. Chaque expĂ©rience proposĂ©e par StĂ©phane est inspirĂ©e entre autres par son vĂ©cu d'entrepreneur. Il pousse Ă  affronter les rĂ©alitĂ©s d'un monde en perpĂ©tuels changements. StĂ©phane est convaincu que la prise de conscience n'est que la premiĂšre Ă©tape ; ce qui compte vraiment, c'est la capacitĂ© Ă  agir et Ă  s'adapter.

Les derniers articles publiés

139 : Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

par StĂ©phane Amarsy   ⋅  30/06/2026 8 min

L’IAflation arrangeante 
 OĂč s’informe t-on ? L’introduction en bourse de SpaceX et les retraites des amĂ©ricains

#140 : Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

par StĂ©phane Amarsy   ⋅  07/07/2026 12 min

La frugalitĂ© ne sauvera pas l’IA de son appĂ©tit NEO, une main sur le futur Sous le bruit mĂ©diatique, la Chine avance Quand le dĂ©sir devient artificiel

#138 : Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

par StĂ©phane Amarsy   ⋅  23/06/2026 17 min

Demain, les pauvres penseront plus lentement La nouvelle carte du monde : comment l’intelligence artificielle redessine la puissance

#137 : Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

par StĂ©phane Amarsy   ⋅  09/06/2026 12 min

L’AssemblĂ©e nationale Ă  l’heure de l’IA La grande comĂ©die amĂ©ricaine des lois sur l’IA Et si le Big Bang avait eu un jumeau ?

136 : Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

par StĂ©phane Amarsy   ⋅  02/06/2026 8 min

Pourquoi apprendre encore quand tout sait dĂ©jĂ  rĂ©pondre ? Google redessine la bataille de la visibilitĂ© Le jour oĂč les mathĂ©matiques ont changĂ© de main

#135 : Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

par StĂ©phane Amarsy   ⋅  26/05/2026 12 min

244 millions de futurs pour parler de nous. Sérieusement ? Le Trump Mobile

#134 : Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

par StĂ©phane Amarsy   ⋅  19/05/2026 10 min

Enfin ! La convergence systémique L'aube des Humanoïdes

#133 : Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

par StĂ©phane Amarsy   ⋅  12/05/2026 12 min

Les petits arrangements d'Anthropic Retours sur le 16Ăšme plan quinquennal de la Chine IA et emploi

#132 : Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

par StĂ©phane Amarsy   ⋅  05/05/2026 14 min

Refonder le contrat social : fiscalitĂ©, revenu et travail Ă  l'Ăšre de l'IA Robots humanoĂŻdes Le chantage Ă  l’aide mĂ©dicale

#131 : Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

par StĂ©phane Amarsy   ⋅  28/04/2026 12 min

L'Humain Augmenté : comment rester irremplaçable à l'Úre de l'IA (2/3) Google Enfin une bonne nouvelle qui reste à amplifier !