L’anhédonie nous guette |
Après avoir remplacé l’art, l'industrie du divertissement a longtemps occupé une place prépondérante dans la société , façonnant les goûts et les passions des masses. Mais cela change. La domination du divertissement quelque soit sa forme se transforme aujourd'hui en une culture dominante de la distraction. Ce phénomène est illustré par les difficultés récentes rencontrées par des géants de l'industrie tels que Disney, Warner, et Universal, par les fils consultés à l’infini sur les média sociaux ou encore de regarder des séries en vitesse accélérée. Cette évolution, décrite par certains comme une transition vers une culture "post-divertissement", nous conduit à un état préoccupant de "d’anhédonie", une absence totale de plaisir dans des expériences censées paradoxalement conçues pour procurer du plaisir.
Cette évolution est en partie due à l'omniprésence des smartphones, des réseaux sociaux et des plateformes de streaming, qui proposent un flux incessant de nouvelles stimulations. Contrairement à l'art, qui demande souvent une certaine profondeur de réflexion et d'engagement émotionnel, la distraction est conçue pour capter immédiatement l'attention et la retenir par des moyens souvent simplistes et répétitifs. Les difficultés rencontrées par des entreprises de médias “traditionnels” sont symptomatiques de cette transition. Leur modèle basé sur des contenus riches et narrativement complexes peine à s'adapter à un public dont l'attention est fragmentée et volatile. Les films et séries qui nécessitent un investissement temporel et émotionnel sont de moins en moins compatibles avec les habitudes de consommation actuelles. Réalisée avec Dall-e
Ces changements vers la distraction conduit progressivement à une forme d’anhédonie. L'anhédonie devient une conséquence logique d'une surconsommation de contenus destinés à distraire plutôt qu'à enrichir. Lorsque chaque moment de la journée est occupé par une nouvelle vidéo, un nouveau tweet ou une nouvelle notification, le cerveau devient surstimulé, incapable de se satisfaire des plaisirs simples et authentiques. Les contenus créés aujourd'hui, bien qu'initialement captivants, perdent rapidement leur capacité à émerveiller ou à émouvoir. L'expérience utilisateur est souvent réduite à une gratification instantanée suivie d'un vide émotionnel. Ce phénomène est accentué par les algorithmes des réseaux sociaux et des plateformes de streaming, qui favorisent les contenus courts et percutants au détriment des œuvres plus longues et plus complexes.
L'IA et le Web3 jouent un rôle crucial dans cette transition. L'IA, en particulier, est au cœur des algorithmes qui gouvernent notre consommation de contenus. Ces algorithmes sont conçus pour maximiser l'engagement en analysant nos comportements et en nous proposant des contenus toujours plus addictifs. Par conséquent, l'IA renforce la culture de la distraction en créant une boucle de rétroaction qui amplifie notre désir de stimulations rapides et superficielles. D'autre part, le Web3, avec sa promesse de décentralisation et de nouvelles formes de propriété numérique, pourrait offrir une voie de sortie de cette culture de la distraction ou l’amplifier encore. Les NFTs (jetons non fongibles), par exemple, permettent aux créateurs de vendre des œuvres uniques et de rétablir une certaine valeur à l'art numérique. Cette nouvelle économie pourrait encourager la production de contenus plus significatifs et artistiquement riches, en contournant les modèles économiques des grandes plateformes de divertissement. Les films d'anticipation ont souvent exploré les conséquences de la surconsommation de divertissement et de la domination des technologies sur nos vies. "Ready Player One" de Steven Spielberg, par exemple, décrit un futur où les individus s'échappent de leur réalité morose en s'immergeant dans un monde virtuel. De même, "Black Mirror", la série d'anthologie, a plusieurs épisodes qui critiquent notre dépendance à la technologie et aux médias sociaux, soulignant les dangers de la perte de connexion humaine authentique et de l'anhédonie.
Ce principe de distraction n'est pas limitée au divertissement. Il s'étend également au commerce, illustré de manière “parfaite” par la plateforme Temu. Cette société utilise des mécanismes de gamification et des stratégies d'engagement basées sur l'IA pour capter et retenir l'attention des consommateurs. En offrant des promotions flash, des jeux interactifs, et des récompenses instantanées, Temu transforme l'acte d'achat en une expérience ludique et addictive. Ces techniques exploitent la psychologie de la gratification instantanée, incitant les utilisateurs à passer plus de temps sur l'application et à effectuer des achats impulsifs. Ce modèle commercial, axé sur la distraction continue, maximise les profits à court terme au détriment de bien des aspects dont l'anhédonie. Les consommateurs recherchent de plus en plus de stimulations superficielles au détriment d'expériences d'achat véritablement satisfaisantes et réfléchies.
Il est très facile de comprendre que cette évolution présente de nombreux dangers pour nos futurs. L’impact sur le plaisir, la joie de vivre, le désir, la relation aux autres, la manipulation, … est très fort. Il est nécessaire de repenser notre rapport aux contenus que nous consommons. Cette réflexion est essentielle pour éviter un futur où la distraction règne en maître, au détriment de notre capacité à ressentir du véritable plaisir. L’éducation est la clé.
IA et Hollywood : les négociations ont débuté
Alphabet Inc. (Google), Meta, et OpenAI sont actuellement en discussions avec de grands studios hollywoodiens pour obtenir des licences permettant d'utiliser leurs contenus dans des logiciels de génération de vidéos par IA. Ces négociations, qui impliquent des offres financières substantielles, visent à permettre aux géants de la technologie de perfectionner leurs modèles d'IA en utilisant des contenus de haute qualité provenant de l'industrie du divertissement. C’est la continuité de ce que fait OpenAI avec des grands médias.
Les nouvelles technologies développées avec l’IA sont capables de créer des scènes réalistes à partir de simples descriptions textuelles (prompt). En obtenant des licences pour utiliser des films et des émissions de télévision, ces entreprises espèrent améliorer la précision et la qualité de leurs modèles de génération de vidéos. Pour contrer OpenAI avec Sora, Google a récemment dévoilé sa plateforme Veo, tandis que Meta travaille sur son modèle Emu.Réalisée avec Dall-e
Même si les offres financières proposées ne sont pas connues à date, nul doute qu’elles soient substantielles. Warner Bros et Discovery sont ouvert à l'idée de licencier certains de ses programmes. En revanche, Walt Disney et Netflix ont refusé de licencier leurs contenus pour l’instant, préférant explorer d'autres formes de collaboration. Les studios hollywoodiens sont prudents quant à la cession de leurs contenus sans contrôle strict sur leur utilisation. L'intégration de l'IA dans la production cinématographique suscite des émotions contrastées. Cela ouvre une ère où quasi tout le monde peut créer des films (cela ne veut pas dire qu'e ces “réalisateurs” seront pour autant des artistes, pour rappel, nous faisons tous des photos mais peu d’entre nous sont des artistes). L'impact potentiel sur l'emploi et la nécessité de réglementations appropriées sont des sujets de débat intense. Tyler Perry, acteur et réalisateur, a par exemple appelé l'industrie à s'unir pour développer des régulations afin de garantir la survie face aux avancées de l'IA.
Ces discussions sont somme toutes incroyables. Des sociétés américaines fabriquant de l’IA discutent avec des sociétés américaines qui fabriquent du contenu vidéo pour trouver des accords dont une forme de régulation du marché. Et le reste du monde ? Indépendamment d’un éventuel accord, qu’est ce qui empêche d’autres acteurs de développer des IA équivalentes avec d’autres corpus d’apprentissage ? C’est symptomatique d’une volonté hégémonique et d’un sentiment de toute puissance. A suivre.
ChatXiPT : L'IA Chinoise qui reflète la pensée de Xi Jinping
La Chine a récemment dévoilé une nouvelle IA baptisée "ChatXiPT", conçue pour refléter la pensée de Xi Jinping, le président chinois. Cette IA s'inscrit dans une stratégie plus large visant à intégrer massivement les valeurs socialistes dans les avancées technologiques du pays. ChatXiPT est un modèle de langage développé par l'Administration du Cyberespace de Chine (CAC) et est destiné à promouvoir la doctrine politique de Xi Jinping, connue sous le nom de "Pensée de Xi Jinping sur le socialisme à caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère". ChatXiPT a été annoncé le 20 mai 2024 par l'institution officielle sur les réseaux sociaux. Ce modèle d'IA fusionne sept bases de données : six sur la technologie et une sur la pensée de Xi Jinping. Cette dernière a été intégrée à la constitution chinoise en 2018 et constitue le corpus doctrinal du président. L'objectif principal de ChatXiPT est de garantir que les réponses générées par l'IA soient en accord avec les valeurs et les directives du Parti Communiste Chinois.Réalisée avec Dall-e
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