Bonjour à toutes et tous,
Métamorphoses va faire une pause estivale de 4 semaines à partir de la semaine prochaine.
A bientôt.
Stéphane
En bonus, vous trouverez le lien d'une conférence enregistrée que j'ai eu le plaisir de donner.
https://www.youtube.com/watch?v=4619HLxbV2A&t=2217s
L'IA : Bulle spéculative ou révolution technologique ?
L'IA se trouve en ce moment au cœur d'une frénésie d'investissement sans précédent, cela n’est pas sans rappeler à bien des égards la bulle internet des années 2000. Au centre de cette effervescence se trouve Nvidia, une entreprise précédemment connue pour améliorer les graphismes des jeux vidéo qui est aujourd'hui un géant de l'IA avec une valorisation stratosphérique.
La croissance vertigineuse de Nvidia illustre parfaitement l'engouement actuel pour l'IA. En moins de deux ans, sa valeur boursière a augmenté de 2 000 milliards de dollars, soit l'équivalent d'Amazon. Son dernier rapport trimestriel a révélé une hausse sidérante de 427% de son activité principale. Ces chiffres donnent le vertige et soulèvent une question clé : sommes-nous face à une bulle spéculative ou à l'aube d'une véritable révolution technologique ?
Les signes de la présence d'une bulle sont indéniables. Les valorisations excessives, le consensus sur le potentiel révolutionnaire de l'IA, l'afflux massif de capitaux et la spéculation effrénée rappellent des épisodes de notre histoire. Cette dernière nous a appris que lorsque tout le monde s'accorde sur le potentiel d'une technologie, la prudence est de mise. Le "Price-Earnings Ratio" (Le ratio cours/bénéfice (PE Ratio) est calculé en prenant le prix de l'action divisé par le bénéfice par action. Ce ratio est considéré comme un indicateur de valorisation qui permet de vérifier si les bénéfices d'une entreprise justifient le prix de l'action.) de Nvidia est actuellement près de 10 fois plus élevé que la moyenne des 500 grandes sociétés cotées aux États-Unis (S&P 500). Cette valorisation est excessive même si les fondamentaux de l’entreprise sont bons et prometteurs pour le futur. Voici celui des GAMAM + NVIDIA au 7/07/2024.
Nvidia = 74
Amazon = 56
Google = 30
Microsoft = 40
Meta = 31
Apple = 35
D’ailleurs, contrairement à certaines bulles passées, l'IA présente un potentiel économique réel et tangible. Selon les estimations de McKinsey, l'IA générative pourrait ajouter l'équivalent de 2,6 à 4,4 billions de dollars américains par an de revenu dans 63 cas d'utilisation analysés. Son adoption rapide par les entreprises et sa capacité à générer des revenus substantiels suggèrent qu'il ne s'agit pas d'une simple lubie. L'IA trouve déjà des applications concrètes dans divers secteurs d’activité. Malgré ce potentiel, des défis majeurs et nombreux restent à relever. La collecte, la gestion et l'uniformisation des données, le prix, les ressources, la législation, … ont font partie. Pour les investisseurs, la prudence est de mise. Tenter de prévoir la temporalité de l'éclatement d'une bulle est extrêmement risqué, comme en témoignent les échecs retentissants de certains investisseurs chevronnés lors de la bulle internet. La diversification et une vision à long terme restent les meilleures stratégies.
La question pertinente n’est pas de savoir si nous sommes dans une bulle, nous le sommes très probablement, mais plutôt quand elle éclatera et qui survivra car l’écosystème actuel en sera chamboulé. La déflagration touchera les entreprises bien au-delà des entreprises technologiques cotées. Il est “amusant” (c’est ironique) de voir que nombre de nos futurs sont tributaires de cette bulle construite de toute pièce par des investisseurs … Pourquoi ne pas s’occuper de nos futurs plutôt que laisser des vents les poussaient au petit bonheur la chance … j’en rêve !
L'alerte du FMI concernant l’IA
L'alerte lancée par le Fonds Monétaire International (FMI) concernant l'impact de l'IA sur l'emploi mondial ne peut être ignorée. Elle sera suivi par de nombreuses autres. Cette technologie en plein essor promet de transformer radicalement notre économie, avec des répercussions fortes sur le marché du travail. Selon les analyses du FMI, près de 40% des emplois dans le monde sont exposés à l'IA, un chiffre qui grimpe à 60% dans les économies avancées.
Ces statistiques vertigineuses illustrent l'ampleur du changement qui nous attend et dans un temps court, certainement trop court. L'IA, contrairement aux vagues d'automatisation précédentes, ne se limite pas aux tâches répétitives. Elle s'attaque désormais aux emplois qualifiés, remettant en question des professions jusqu'alors considérées comme à l'abri. Il serait néanmoins simpliste de ne voir dans l'IA qu'une menace pour l'emploi. Cette technologie offre également un potentiel immense pour stimuler la productivité et la créativité pour créer de nouveaux business. Dans de nombreux cas, l'IA (au moins dans un premier temps qui risque de durer) sera un complément plutôt qu'un substitut au travail humain, augmentant nos capacités et ouvrant de nouvelles perspectives professionnelles. Le véritable défi réside dans la gestion de cette transition. Les pays les plus riches, notamment les économies avancées et certains pays émergents, semblent mieux armés pour adopter l'IA si ils s’en donnent les moyens (ce qui n’est pas le cas à mon humble avis). Cette disparité exacerbera les inégalités mondiales existantes, creusant encore davantage le fossé entre les nations.
Face à ce constat, il est impératif d'agir rapidement et de manière concertée. Les pays avancés doivent prioriser l'innovation en matière d'IA tout en développant des cadres réglementaires robustes pour garantir une utilisation éthique et responsable de cette technologie. Faisons en sorte d’éviter le far west de l’IA. Parallèlement, les pays émergents et en développement doivent investir massivement dans les infrastructures numériques et la formation de leur main-d'œuvre pour ne pas être laissés pour compte. L'éducation et la formation continue seront cruciales pour préparer les travailleurs aux emplois de demain.
Dans tous les cas, il faut repenser nos systèmes éducatifs pour développer les compétences qui resteront pertinentes à l'ère de l'IA : la créativité, l'intelligence émotionnelle, la pensée critique et l'adaptabilité, … Apprenons à être très humains ! La suite ne va pas plaire à tout le monde mais il n’y a pas d’alternative à une réflexion profonde concernant la valeur du travail et la redistribution des richesses dans un monde où l'IA pourrait générer une productivité sans précédent. Des mécanismes innovants de protection sociale et de partage des bénéfices de l'IA devront être mis en place pour garantir que cette révolution technologique profite à l'ensemble de l'humanité et non à quelques-uns.
Si nous relevons collectivement ce défi avec envie et sans peur, en veillant à ce que personne ne soit laissé pour compte, nous avons le pouvoir de transformer cette révolution technologique en une opportunité sans précédent pour le progrès humain. Ceci est d’autant plus prégnant si on en profite pour considérer en même temps les autres ruptures à venir. Mais le temps presse, et c'est maintenant que nos futurs se jouent.
Ce que pensent les CEO de l’IA
Selon l'enquête Gartner de 2024, l'IA n'est pas seulement un mot à la mode, c'est un véritable catalyseur pour la transformation future des entreprises.
Voici les points clés :
34 % des PDG considèrent l'IA comme la principale technologie de transformation.
75 % des PDG ont essayé ChatGPT au début de 2023.
49 % ont intégré l'IA générative dans leurs stratégies de productivité.
87 % pensent que les avantages de l'IA l'emportent sur les risques.
86 % s'attendent à ce que l'IA augmente les revenus grâce à une meilleure expérience client et à une productivité accrue des talents.
Le constat suite à toutes mes rencontres avec de nombreux CEO est que l’IA est très majoritairement vue comme un vecteur de productivité et qu’en réalité peu d’entreprises ont réellement expérimenté. Sans surprise, la création de valeur n’est pas présente dans ce sondage. Seule cette possibilité est un facteur de différenciation dans le futur car la productivité est accessible à tous.
La publicité ciblée, pilier du modèle économique de Meta, est dans le collimateur de Bruxelles
La Commission Européenne vient de mettre un haut-là au modèle économique de Meta, maison-mère de Facebook et Instagram, en remettant en cause sa pratique de publicité ciblée. Cette décision, qui s'inscrit dans le cadre de l'application du règlement sur les marchés numériques (DMA), aura des répercussions sensibles sur l'ensemble du secteur de la publicité en ligne. Au cœur du débat se trouve le système "payer ou consentir" mis en place par Meta en novembre 2023. Ce modèle offre aux utilisateurs européens deux options :
Accepter le traitement de leurs données personnelles pour recevoir de la publicité ciblée gratuite,
Payer un abonnement mensuel pour utiliser les plateformes sans publicité.
Selon Bruxelles, ce choix binaire est contraire au DMA car il "ne permet pas aux utilisateurs d'exercer leur droit de consentir librement à la combinaison de leurs données personnelles". La Commission estime que Meta a "forcé des millions d'utilisateurs à travers l'UE à faire un choix binaire : payer ou consentir" selon les propos du commissaire au numérique Thierry Breton. Les enjeux sont considérables pour Meta, dont plus de 95% des revenus proviennent de la publicité.
La publicité ciblée, qui permet d'identifier les utilisateurs individuellement pour leur diffuser des messages publicitaires spécifiques, est au cœur de son modèle économique. Une remise en cause de cette pratique pourrait par conséquences avoir des impacts financiers importantes pour l'entreprise. Face à ces accusations, Meta se défend en affirmant que son modèle d'abonnement sans publicité est conforme aux directives de la plus haute cour européenne et au DMA. L'entreprise a proposé de réduire le coût de son abonnement, mais attend toujours un retour des régulateurs. Cette confrontation entre Bruxelles et Meta est le symbole des tensions croissantes entre les géants du numérique et les régulateurs européens. Cela soulève des questions clés sur l'équilibre entre la protection de la vie privée des utilisateurs et les modèles économiques des plateformes numériques. Si les conclusions préliminaires de la Commission sont confirmées, Meta pourrait faire face à des amendes allant jusqu'à 10% de son chiffre d'affaires mondial. Cette perspective devrait inciter l'entreprise à revoir en profondeur son approche de la publicité ciblée et, potentiellement, à développer de nouveaux modèles économiques moins dépendants de l'exploitation des données personnelles. Cette décision de Bruxelles aura des répercussions bien au-delà de Meta, en remettant en question les pratiques de ciblage publicitaire de l'ensemble du secteur numérique.
A suivre
L'Europe spatiale à la conquête du cloud en orbite
L'Union Européenne s'apprête à franchir une nouvelle frontière géographique et technologique avec un projet que nous ne pouvons que qualifier d’audacieux et d'innovant : la création de centres de données dans l'espace. Cette initiative, baptisée ASCEND (Advanced Space Cloud for European Net zero emission and Data sovereignty), pourrait, selon ses protagonistes, contribuer significativement à la réduction de notre empreinte carbone.
Imaginons un instant : des serveurs alimentés par l'énergie solaire inépuisable de l'espace, refroidis naturellement par les températures glaciales de l'orbite terrestre, opérant sans relâche pour traiter nos données toujours plus nombreuses. Ce qui semble relever de la science-fiction est pourtant à portée de main, grâce à l'expertise de Thales Alenia Space et au soutien de l'Union Européenne. Les avantages d'une telle infrastructure sont multiples et considérables.
D'abord, l'impact environnemental : en s'affranchissant des contraintes terrestres, ces centres de données spatiaux réduiraient drastiquement leur consommation d'énergie et d'eau, deux ressources précieuses et de plus en plus rares sur notre planète.
Ensuite, l'efficacité : libérés des systèmes de refroidissement énergivores, ces serveurs pourraient fonctionner à plein régime, offrant des performances inégalées.
Mais au-delà des bénéfices écologiques et techniques, c'est toute l'industrie spatiale européenne qui pourrait connaître un nouvel essor. Le développement de lanceurs écologiques, l'assemblage robotisé en orbite, la gestion à distance de ces infrastructures sont autant de défis stimulants qui (re) positionneraient l'Europe à l'avant-garde de l'innovation spatiale. Certes, les obstacles sont nombreux. Il faudra concevoir des technologies de pointe, repenser nos modèles économiques, et peut-être même redéfinir notre rapport à l'espace. Mais l'enjeu en vaut la chandelle si la promesse écologique est réelle car il s'agit ni plus ni moins de réconcilier notre soif insatiable de données avec notre responsabilité environnementale.
Aujourd'hui, alors que le numérique et l'écologie semblent s'opposer, le projet ASCEND offre une opportunité de les réconcilier. C'est un choix de société certes technologique mais comment imaginer diminuer notre consommation de cloud ... Choisissons-nous de subir passivement la révolution numérique, ou décidons-nous d'en prendre les rênes pour la mettre au service de notre planète ? La réponse à cette question dessinera le visage de l'Europe et du monde de demain. Pour y répondre, seule une étude approfondie et systémique de ce projet permettra de savoir s’il est positif pour la planète. En attendant, ne le rejetons pas par principe.
Le trafic Internet fin 2023
Netflix, Google, Akamai (qui est une couche intermédiaire pour les sites à haut débit), Meta et Amazon représentent 53% du trafic
Le CA des GAMAM sans Meta décortiqué
Ces chiffres, publiés fin 2023, concerne 2022. Il s’agit de CA et pas du profit.
Ces 4 entreprises ont profondément changé ces dernières années et ce n’est pas fini …
Le survivalisme aux États-Unis : un phénomène en pleine mutation
Longtemps associé à une frange marginale de la population américaine, le survivalisme connaît aujourd'hui une forte évolution qui mérite notre attention. Ce mouvement, né dans les années 1960 sur fond de guerre froide, touche maintenant toutes les couches de la société américaine et reflète les inquiétudes grandissantes face à un avenir perçu comme totalement incertain.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : au moins 7 millions des 120 millions de foyers américains seraient désormais considérés comme survivalistes. Le marché du survivalisme représente environ 1 milliard d'euros par an aux États-Unis, avec certaines entreprises spécialisées ayant vu leurs ventes bondir de 400% depuis la pandémie de Covid-19. Ces données sont le reflet d'une tendance de fond qui dépasse largement le cadre des stéréotypes habituels. Le profil du survivaliste américain s'est considérablement diversifié. Très loin de l'image du paranoïaque isolé dans son bunker avec 10 couteaux à sa ceinture, on observe une montée en puissance des "preppers" : plus jeunes, urbains et souvent progressistes. 32% des moins de 25 ans ont acheté du matériel de survie en 2023.
Les raisons de cet engouement sont multiples. La pandémie de Covid-19 a a été le catalyseur en révélant la fragilité de nos systèmes d'approvisionnement et de santé. Les catastrophes naturelles liées au changement climatique, l'instabilité politique croissante et les crises économiques successives ont également nourri généreusement ce sentiment d'insécurité. La technologie va s’y ajouter. Le survivalisme apparaît alors comme une réponse rationnelle à ces menaces, une forme de résilience face à l'incertitude tout comme la montée en puissance des parties politiques “conservateurs” partout dans le monde. Cette normalisation du survivalisme s'accompagne d'une évolution des pratiques. On passe d'une logique purement défensive à une recherche d'autonomie et de durabilité.
Les "preppers" modernes s'intéressent autant à l'autosuffisance alimentaire qu'aux énergies renouvelables ou à la résilience communautaire. Cette approche plus holistique et écologique élargit considérablement l'attrait du mouvement. Il serait cependant naïf de ne voir dans cette tendance qu'un simple phénomène de mode. Le survivalisme moderne traduit une profonde remise en question de notre modèle de société. Il interroge notre dépendance aux systèmes complexes et fragiles qui régissent notre quotidien, et propose des alternatives concrètes mais non collectives conduisant à une fragmentation de nos sociétés. Face à cette évolution, les pouvoirs publics et les entreprises doivent prendre la mesure du phénomène. Plutôt que de stigmatiser ces pratiques, il convient de s'interroger sur les inquiétudes qu'elles révèlent et d'y apporter des réponses adaptées. Le survivalisme peut être vu comme un laboratoire d'innovations en matière de résilience, dont certaines pourraient bénéficier à l'ensemble de la société.
Ce mouvement nous invite à repenser notre rapport au risque, à l'autonomie et à la durabilité. Plutôt que de le rejeter, nous gagnerions à en tirer des enseignements pour construire une société plus résiliente et mieux préparée aux défis du futur.
Il vaut mieux s’occuper du changement avant qu’il ne s’occupe de nous !
Bonnes métamorphoses et on se retrouve en août.
Stéphane
