#60 Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

Les bio-ordinateurs : du silicium au biologique / Les xénobots : une révolution biotechnologique / Qu’attendre de la nouvelle version de ChatGPT ? / A quand des séries et films 100% générés par l’IA / Satellites réflecteurs : futur de l'énergie solaire ou une illusion ? / La publicité spatiale / Efficacité des actions écologiques individuelles

Métamorphoses
12 min ⋅ 03/09/2024

Les bio-ordinateurs : du silicium au biologique

Un bio-ordinateur, également connu sous le nom d'ordinateur biologique ou biocomputer, est un concept qui combine les principes de la biologie et de l'informatique pour créer des systèmes de traitement de l'information basés sur des composants biologiques. Contrairement aux ordinateurs traditionnels qui utilisent des circuits électroniques en silicium, les bio-ordinateurs utilisent des “composants” biologiques.

L’avenir de l’humanité est de plus en plus lié au silicium composant indispensable des ordinateurs mais la biologie s’invite avec les bio-ordinateurs dans ces possibles futurs. Aujourd'hui, l'ordinateur numérique est omniprésent. Depuis 70 ans, cette technologie est au cœur de notre société. Si autrefois ces machines occupaient des salles entières, elles sont aujourd'hui miniaturisées à l'extrême, bien que toujours insuffisantes pour répondre aux besoins exponentiels de notre société. L'ordinateur biologique pourrait représenter une solution aux limites actuelles. Il permettrait de combiner composants biologiques et données informatiques, créant des dispositifs aux capacités de stockage bien plus vastes et puissantes que celles que nous connaissons aujourd'hui.

La génétique et l'informatique ont toujours été étroitement liées grâce à leur capacité à traiter des données et à effectuer des calculs, tout comme un ordinateur moderne. Leur différence réside dans leur nature même, qui jusqu'ici n'avait jamais été combinée. Depuis quelques années, des recherches ont été lancées sur le stockage de données au sein même des cellules et sur l’utilisation de neurones biologiques pour les calculs, en réponse aux limitations des technologies existantes. Cette technologie émergente, développée par Leonard Adleman (chercheur américain en informatique théorique et en biologie moléculaire) utilise des composants biologiques plutôt que des composants électroniques. Cette alternative est en concurrence directe avec d'autres technologies, comme l'ordinateur quantique. Bien que des résultats significatifs aient été obtenus, cette technologie n'avait pas encore dépassé le stade expérimental (voir la dernière partie de l’article).

“Le flux d'information moléculaire se manifeste à travers trois molécules principales : l'ADN, l'ARN et les protéines. Différents processus peuvent se produire entre ces molécules : la réplication de l'ADN, la transcription de l'ADN en ARN, et enfin la traduction de l'ARN en protéine. L'ADN est un support de stockage idéal en raison de sa petite taille et de sa densité. Présent dans toutes les cellules et structuré en double hélice, il contient un code génétique qui permet le développement et le fonctionnement des êtres vivants. Ce code génétique peut également être utilisé pour le stockage d'informations et la réalisation de calculs.

Ce matériel biologique n'a évidemment pas besoin d'électricité et offre une capacité de stockage massive (jusqu'à 300 000 téraoctets, contre environ 10 téraoctets pour les disques durs disponibles sur le marché actuel). Avec une durée de vie de plus de 2000 ans, ces outils surpassent largement les dispositifs informatiques actuels, dont la durée de vie optimale est d'une centaine d'années pour les cartes SSD et encore avec en usage restreint.

Pendant le cycle de conversion génétique, l'ARN lit les bases nucléotidiques et les transforme en séquences qui serviront de modèle pour la synthèse des protéines. Après la traduction de l'ARN par un ribosome, la protéine devient un outil fonctionnel capable d'envoyer des signaux à d'autres cellules et de réguler l'activité des gènes.”

La technologie permettant de créer et de coder un brin d'ADN est accessible. La question résultante est de savoir comment garantir une restitution d'information fiable à 100 % et bien sûr quelles seront les implications d'une telle technologie.

Des modèles d'application de l'ordinateur biologique émergent aujourd'hui dans des domaines variés. L'utilisation d'un ordinateur biologique permet un degré de parallélisme élevé, avec des résolutions rapides et des solutions exactes, ce qui ouvre la voie à des applications en géométrie algorithmique et en cryptanalyse. Au-delà des calculs, l'ordinateur biologique pourrait être utilisé dans les systèmes embarqués des robots grâce à sa taille réduite et ses fonctionnalités avancées. Les "biorobots" seraient ainsi beaucoup plus autonomes et moins sujets aux pannes.

Une révolution se profile aussi dans le domaine médical. Grâce à ses caractéristiques biologiques, cette technologie pourrait permettre un diagnostic précoce et non invasif des cancers, ainsi qu'un traitement ciblé des cellules cancéreuses. Elle pourrait également participer à la création d'organes artificiels directement dans le corps du patient. Les ordinateurs, tels que nous les connaissons, pourraient ainsi devenir des implants au sein même du corps humain et y compris les fameux systèmes permettant d’augmenter nos capacités cognitives.

L’exemple de FinalSpark

À la pointe de cette innovation, la startup suisse FinalSpark développe des bioprocesseurs qui utilisent des neurones humains vivants. Et oui, ils utilisent des tissus cérébraux humains vivants pour effectuer des calculs et traiter l'information, plutôt que des puces en silicium traditionnelles. FinalSpark a développé une neuroplateforme qui permet aux chercheurs de mener des expériences à distance sur des neurones biologiques in vitro. La R&D dans ce domaine est encore à ses débuts, mais les progrès sont prometteurs. L'entreprise utilise des organoïdes cérébraux, des structures tridimensionnelles cultivées à partir de cellules souches humaines, qui peuvent survivre plusieurs mois.

Les bio-ordinateurs ont des différences notables avec leurs “cousines” en silicium :

  1. FinalSpark affirme que ses bioprocesseurs consomment jusqu'à un million de fois moins d'énergie que les puces classiques → possibilité de réduire drastiquement l'empreinte carbone de l'informatique

  2. Potentiel de traitement de l'information comparable au cerveau humain

  3. En ce qui concerne la puissance de calcul pure, les performances des bioprocesseurs par rapport aux puces classiques restent encore hypothétiques à ce stade précoce de développement. FinalSpark reste prudente sur ce point, indiquant que les capacités de traitement de l'information de ces réseaux de neurones sont encore des modèles purement mathématiques.

  4. Un avantage potentiel des bioprocesseurs est leur évolutivité. Puisqu'ils utilisent des neurones vivants, les multiplier présenterait un coût très faible comparé à la fabrication de puces en silicium. Passer de quelques milliers de neurones à des centaines de millions pourrait se faire relativement facilement en laboratoire.

  5. Contrairement aux puces classiques qui ont une longue durée de vie, les organoïdes utilisés dans les bioprocesseurs de FinalSpark ne "vivent" qu'environ 100 jours pour l’instant, ce qui limite la durée des expériences.

Même si ces bioprocesseurs semblent offrir des avantages considérables en termes d'efficacité énergétique et d'évolutivité potentielle, leur performance globale par rapport aux puces classiques reste à démontrer. La technologie en est encore à ses débuts et nécessite davantage de recherche et développement pour évaluer pleinement son potentiel et ses limites.

Réalisée par Dall-e 3

Prochaines étapes

Les progrès de cette technologie comme toujours apportent leurs lots de défis sociétaux. Sans exhaustivité, il vient aisément à l’esprit les défis éthiques liés à l'utilisation de tissus cérébraux humains, les risques de sécurité et d'utilisation malveillante, l’effet "boîtes noires" cette fois biologiques et par conséquence la nécessité de développer un cadre réglementaire adapté au niveau mondial.

Les bio-ordinateurs représentent une avancée potentiellement révolutionnaire dans le domaine de l'informatique. Cette technologie pourrait ouvrir la voie à une informatique plus puissante et plus écologique mais n’oublions pas l’indispensable réflexion éthique et une réglementation adaptée pour garantir une utilisation responsable et bénéfique pour la société. L'avenir de l'informatique pourrait bien être biologique, estompant les frontières entre le vivant et l'artificiel. Il nous appartient à tous de guider cette évolution pour en tirer le meilleur, tout en préservant nos valeurs et notre humanité.


Les xénobots : une révolution biotechnologique

Un xénobot est un organisme synthétique microscopique, créé à partir de cellules souches prélevées sur des embryons de grenouilles africaines Xenopus. Ces micro-robots biologiques, mesurant moins d'un millimètre, sont capables de se déplacer de manière autonome, de s'auto-réparer et même de s'auto-reproduire dans certaines conditions. Contrairement aux robots traditionnels, les xénobots sont entièrement biodégradables et ne possèdent ni cerveau ni système nerveux. Leur conception unique en fait des outils potentiellement révolutionnaires dans de nombreux domaines.

Xenopus laevis, l'animal dont les tissus permettent la fabrication des xénobots.

La création des xénobots est le fruit d'une collaboration interdisciplinaire entre biologistes et informaticiens. L'IA joue un rôle clé dans leur conception, en simulant diverses configurations pour optimiser leurs performances. Les chercheurs continuent d'explorer les capacités de ces organismes synthétiques. Récemment, ils ont même réussi à implanter des séquences génétiques permettant aux xénobots de modifier leur comportement en fonction de leur environnement.

Xénobot virtuel et xénobot réel construit à partir de peau de grenouille (en vert) et de muscle cardiaque (en rouge). Source Wikipedia.


Les xénobots présentent un avantage écologique important par rapport aux robots traditionnels. Étant composés de matière organique, ils sont entièrement biodégradables ce qui réduit les risques de pollution à long terme y compris dans les tissus biologiques. Evidemment, surtout après la COVID, il est nécessaire de s’intéresser aux risques que représente l'introduction d'organismes synthétiques dans l'environnement même si les chercheurs affirment que les xénobots ne peuvent se reproduire que dans des conditions de laboratoire spécifiques ..
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Que peut-on espérer ?

Les perspectives de développement des xénobots dans les années à venir sont nombreuses et prometteuses. Voici un aperçu des principales perspectives concernant la médecine, l’environnements et la technologie :

Médecine :

  • Acheminer et délivrer des médicaments de manière précise dans le corps humain, notamment pour cibler des tumeurs cancéreuses.

  • Nettoyage des artères de façon autonome.

  • Médecine régénérative grâce à leur capacité d'auto-réparation.

Environnement :

  • Collecte de microplastiques dans les océans et les mers.

  • Traitement des déchets dangereux du fait de leur nature biodégradable.

Technologie :

  • L'implantation de séquences génétiques permettant de modifier leur comportement ouvre la voie à une programmation biologique avancée.

  • Et plus surprenant, le développement des xénobots peut contribuer à l'avancement de l'intelligence artificielle générale (AGI). Les xénorobots, des machines vivantes programmables créées à partir de cellules de grenouilles, sont un outil des plus prometteurs. Ils ne sont ni robots traditionnels ni organismes biologiques, mais une fusion des deux. L'une des caractéristiques les plus remarquables des xénorobots est leur capacité à s'auto-organiser, se déplacer de manière autonome, travailler en groupe, s’auto-réparer et même, dans certaines conditions, à se reproduire. Ces comportements rappellent ceux des organismes vivants et mettent en lumière des capacités d’adaptation très utiles. Pour atteindre une intelligence générale, une IA doit être capable de s’adapter de manière flexible à des environnements imprévisibles, exactement comme le font ces xénorobots. En observant et en modélisant ces comportements, les chercheurs peuvent s’inspirer de mécanismes biologiques pour créer des algorithmes plus efficaces et plus adaptatifs, renforçant par la même les capacités d’apprentissage des systèmes d’IA. Ils nous montrent également de nouvelles voies pour l’apprentissage des machines. En observant comment ces entités biologiques réagissent à leur environnement, nous pourrions concevoir des IA capables d’apprendre et de s'adapter avec une efficacité encore jamais vue. Plus intéressant encore, ces robots vivants pourraient permettre d’explorer des processus d’évolution et d’émergence de la conscience, des aspects souvent négligés mais essentiels dans la quête de l’AGI.

Réalisé avec Dall-e 3

Et côté obscur ?

Malgré leur potentiel, les xénobots soulèvent des questions sur les potentielles dérives qu’ils pourraient engendrer. En premier lieu, la manipulation du vivant et le risque d’évolutions inattendues ou d’échappement au contrôle des chercheurs. Le risque de détournement à des fins néfastes est aussi non négligeable que cela soit du fait d’une intention humaine mais dans le futur aussi d’IA en charge d’en créer. Comme avec toute innovation de rupture, il est indispensable d’encadrer leur développement et de commencer par une réflexion éthique approfondie qui devrait conduire à une réglementation adaptée si possible au niveau mondial. C’est certainement une utopie mais sans cela, l’usage de cette technologie ne sera pas que bienveillant.

Les défis à venir du développement des xénorobots

  • Un des principaux défis est d'améliorer le contrôle et la programmation des xénobots pour des tâches plus complexes. Actuellement, leur comportement est relativement basique et déterminé par leur forme. Les chercheurs doivent trouver des moyens de programmer des séquences génétiques plus sophistiquées pour obtenir des comportements plus élaborés en fonction de l'environnement.

  • Les xénobots actuels ont une durée de vie limitée de quelques semaines. Prolonger leur durée de vie et améliorer leur stabilité dans différents environnements sera crucial pour des applications à long terme.

  • Réduire encore la taille des xénobots tout en les spécialisant pour des tâches précises représente un défi technique important. Cela nécessitera des avancées en micro-chirurgie et en ingénierie cellulaire.

  • Bien que les xénobots aient démontré une capacité d'auto-réplication, celle-ci reste limitée et peu contrôlée. Développer des mécanismes d'auto-réplication plus fiables et maîtrisés sera essentiel.

  • Doter les xénobots de capacités sensorielles plus avancées pour détecter et réagir à leur environnement de manière plus sophistiquée représente un défi technique majeur.

  • Pour des applications médicales, il faudra garantir une biocompatibilité totale et une sécurité d'utilisation dans le corps humain, ce qui nécessitera des recherches approfondies.

Le futur de cette technologie nécessitera au-delà du cadre réglementaire une collaboration étroite entre biologistes, informaticiens et ingénieurs, ainsi qu'une utilisation avancée de l'IA pour optimiser leur conception et leurs fonctionnalités.

A suivre …


Qu’attendre de la nouvelle version de ChatGPT ?

Selon un article de The Information, OpenAI s'apprête à sortir une nouvelle version “strawberry” de son célèbre bot d’IA. Selon l’article, elle matérialise un bond en avant spectaculaire avec une capacité de raisonnement qui promet de redéfinir notre compréhension du raisonnement machine. Il s’agirait du fameux projet Q* qui avait fuité au moment du renvoi pendant deux jours de Sam Altman par le board d’OpenAI. Cette annonce est aussi symptomatique de la course à l’IA que se livrent les leaders de ce marché. Bulle ou pas bulle, la compétition fait rage et les progrès s’accélèrent.

Si vous souhaitez visualiser l’évolution de la qualité des IA, allez sur ce site de la Lmsys Chatbot Arena https://lmarena.ai/

Les nouveautés principales attendues sont la résolution de problèmes mathématiques jamais rencontrés par l’IA, des progrès conséquents en matière de programmation, des raisonnements beaucoup plus complexes comme faire une stratégie marketing, navigation indépendante sur Internet pour effectuer des "recherches profondes", planification de ses actions à l'avance, améliorant ainsi son autonomie et un point clé l’amélioration de la qualité des données d'entraînement conduisant à une réduction des erreurs.

Ces nouvelles capacités sont annoncées alors que OpenAI négocie un nouvel investissement de de plusieurs milliards de dollars de Thrive Capital avec une valorisation supérieure à 100 milliards de dollars. Ces fonds sont importants pour la survie de l’entreprise car elle pourrait perdre jusqu’à 5 milliards de dollars en 2024 pour 2 milliards $ de CA et un budget de 7 milliards de dollars alloué à l'entraînement des modèles d'IA.

Si les promesses sont tenues (sortie prévue en octobre 2024), OpenAI reprendra de l’avance sur ce marché très concurrentiel et disposera de premières fonctionnalités, certes encore faibles, mais nécessaires au développement d’une IA générale. L'article révèle aussi que OpenAI a présenté Strawberry à des responsables de la sécurité nationale des Etats Unis cet été pour avoir leur aval et surtout pour se positionner en tant qu’acteur majeur en face de la Chine. Ces avancées se font au détriment de fonctions comme la voix, Search GPT et Sora.
Il n’y aura pas d’impacts particuliers mais une accélération de ceux déjà à l’œuvre sur la transformation de nos sociétés comme la recherche, l’enseignement, le travail intellectuel, la création artistique, …

L'avenir nous dira si Strawberry marquera véritablement le début d'une nouvelle ère pour l'IA ou si les défis techniques et financiers freineront ses ambitions.


A quand des séries et films 100% générés par l’IA

Les progrès de l'IA générative ces dernières années sont spectaculaires. Des outils comme DALL-E ou Midjourney permettent déjà de créer des images ultra-réalistes à partir de simples descriptions textuelles. Côté vidéo, des technologies comme D-ID, Kling ou Runway peuvent animer des images fixes ou générer de courtes séquences. Certains courts-métrages expérimentaux entièrement créés par IA, comme The Frost (Ce court-métrage de 12 minutes est considéré comme le premier film généré entièrement par IA. Chaque plan a été créé par l'outil d'IA DALL-E 2, à partir d'un scénario écrit par un humain), montrent le potentiel créatif de ces outils. La qualité visuelle s'améliore très rapidement, même si des limites persistent encore notamment sur les mouvements de caméra ou le réalisme des personnages humains … mais dans un an …

Il est communément admis que le public reste très attaché à l'aspect humain de la création artistique. L'IA est souvent perçue comme une menace pour l'authenticité et l'émotion propres aux œuvres humaines. Ce n’est pas vrai pour les plus jeunes et la qualité des images, de la narration et certainement l’expérience immersive l’emporteront. Cela pose la question de la place des humains dans la créativité, évidemment l’éternelle question des droits d’auteurs et la gestion de l’incroyable capacité de manipulation car l’étape d’après sera la création de contenu individualisé à la volée comme pour les jeux vidéos.

Dans le cas d'Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, l'IA a été utilisée pour le rajeunissement numérique de Harrison Ford. Le studio Industrial Light & Magic (ILM) a développé une technologie propriétaire appelée FRAN (Face Re-Aging Network) basée sur l'IA. L'IA a analysé des centaines d'heures d'images d'archives de Harrison Ford jeune, y compris des rushes non utilisés des précédents films. Harison Ford a dû jouer les scènes avec des marqueurs sur le visage pour aider le système d'IA qui a généré une version 2D du visage rajeuni et ensuite convertie en 3D.

Harrison Ford apparaît rajeuni de 40 ans pendant environ 25 minutes au début du film. L'objectif était de faire croire au public qu'il s'agissait d'images d'archives tournées il y a 40 ans. Le résultat est décrit comme un mélange "impressionnant et irréel", avec parfois des problèmes au niveau des yeux

Plutôt qu'un remplacement brutal, l'IA s'intègre progressivement comme un outil au service des créateurs humains. Elle permet d'optimiser certaines tâches (effets spéciaux, montage...) ou d'explorer de nouvelles possibilités narratives. À court terme, on s'oriente donc plus vers une collaboration homme-machine que vers des contenus 100% IA. L'avenir nous dira si des œuvres entièrement générées par IA parviendront un jour à égaler la richesse et la profondeur des créations humaines. A titre personnel, je n’ai pas de doute !


Satellites réflecteurs : futur de l'énergie solaire ou une illusion ?

L'idée de manipuler les rayons du soleil pour prolonger les heures de lumière disponibles sur Terre a longtemps fasciné les scientifiques. Aujourd'hui, cette vision devient de plus en plus concrète grâce à des projets novateurs comme celui de Reflect Orbital, une startup californienne qui développe une technologie visant à vendre de la lumière solaire après la tombée de la nuit.

Reflect Orbital prévoit de lancer une constellation de satellites équipés de miroirs géants en Mylar, un matériau utilisé dans l’industrie spatiale pour ses propriétés réfléchissantes et isolantes. Ces satellites seraient capables de réfléchir la lumière du soleil vers des zones spécifiques sur Terre, même après le coucher du soleil, permettant ainsi aux fermes solaires de continuer à produire de l’électricité la nuit. Cette technologie pourrait ajouter jusqu'à 30 minutes de lumière solaire supplémentaire durant les périodes critiques de production d'énergie, un atout non négligeable pour répondre aux pics de demande. ​

Si ce projet peut sembler être une avancée majeure pour le secteur de l'énergie renouvelable, il n'est pas exempt de défis. Tout d'abord, les préoccupations environnementales ne manquent pas : la pollution lumineuse générée par ces satellites pourrait interférer avec les observations astronomiques et perturber les écosystèmes nocturnes. De plus, des précédents historiques, comme le projet Znamya en Russie dans les années 1990, ont montré les difficultés techniques liées à la mise en œuvre d'une telle technologie​.

Malgré ces défis, le projet Reflect Orbital s'inscrit dans une tendance plus large visant à repousser les limites de la technologie pour répondre aux besoins énergétiques croissants de notre planète. La promesse de rendre l’énergie solaire disponible 24 heures sur 24, même dans des conditions météorologiques défavorables, pourrait bien révolutionner la manière dont nous envisageons l'avenir énergétique. Le chemin vers la réalisation de cette vision est encore long et semé d'embûches. Il faudrait surtout évaluer ce type de projet non pas avec un ROI (financier et environnemental) à moyen terme mais à long terme afin d’éviter d’aggraver la dette environnementale que nous laissons aux prochaines générations.


La publicité spatiale

La publicité dans l’espace, c’est pour demain. La société canadienne Geometric Energy Corporation (GEC) associée à la compagnie astronautique SpaceX pour mettre en orbite des satellites publicitaires, dont l’achat des pixels est ouvert à tous.

Diffuser une publicité Coca-Cola, Adidas ou encore Sephora dans l’espace : voilà une innovation plus que jamais vraisemblable, promise par le PDG de la GEC, Samuel Reid. Le satellite CubeSat, mis en orbite par la fusée Falcon 9, sera doté d’un écran pixélisé, sur lequel apparaîtra la publicité, ainsi qu’une perche à selfie, permettant de retransmettre en direct les images de cette publicité sur YouTube ou Twitch. Ouvert à tous, l’achat de ces pixels passera entre autres par des cryptomonnaies telles que l’Ethereum.


Si l’annonce de GEC place au cœur du débat la question de la publicité spatiale, cette dernière n’est pas nouvelle. En 2019, la société russe StartRocket a proposé d’utiliser des petits CubeStats, dont le lancement est peu coûteux, pour placer des panneaux d’affichage dans l’espace. À une altitude d’environ 450 km, les satellites déploieraient un voile en mylar – un film en polyester réfléchissant – d’environ 9 mètres de long, sur lequel s’afficheraient des publicités lumineuses, visibles depuis la terre. « Nous sommes en train de développer un nouveau média », s’était alors félicité le PDG de l’entreprise, Vlad Sitnikov, auprès de NBC News, prévoyant déjà d’autres applications à ce CubeSat, parmi lesquels le divertissement et l’affichage d’alertes gouvernementales en cas de catastrophes. « Lorsque les téléphones ne fonctionnent pas, en cas de visibilité nulle, de coupures de courant et d’urgences catastrophiques, le gouvernement peut utiliser l’affichage pour envoyer des notifications urgentes à la population », développe ainsi l’entreprise sur son site internet.

Inspiré par le satellite « Humanity Star », un projet artistique sous forme de boule à facettes lancé en orbite en janvier 2018 par la société Rocket Lab et ayant fait le tour de la planète pendant deux mois avant de se consumer dans l’atmosphère, Sitnikov a déjà annoncé que PepsiCo serait son premier client. Dans une vidéo qui détaille les ambitions de l’entreprise russe, on peut déjà voir les publicités de StartRocket s’élever au-dessus de monuments aux quatre coins du monde, tels que le Golden Gate Bridge, la Tour Eiffel, un temple à Bali ou la Tower Bridge de Londres, donnant un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler la publicité spatiale intrusive dans les années à venir.

Ces projets sont possibles du fait du vide juridique régissant l'espace.


Efficacité des actions écologiques individuelles et perception de leur normalité, facilité et attractivité

L'étude à l'origine de ce graphique, intitulée "The Power of TV: Nudging Viewers to Decarbonise their Lifestyles", réalisée par The Behavioural Insights Team, mesure le décalage entre efficacité des actions écologiques individuelles et perception de leur normalité, facilité et attractivité. Bien que l'échantillon de l'étude ne soit pas français (3500 personnes interrogées au Royaume-Uni, Irlande, Allemagne, Autriche, Italie, Suisse et Espagne), ses conclusions sont inspirantes et pertinentes à l'échelle européenne.

Il en ressort que les actions les plus efficaces (réduction des vols en avion, diminution de la consommation de viande/produits laitiers, et adoption des voitures électriques) sont perçues comme les moins "normales". Elles sont souvent jugées parmi les plus difficiles et les moins désirables. Ces perceptions semblent parfois irrationnelles :

  • Voyager localement est perçu comme "normal", mais réduire l'usage de l'avion ne l'est pas.

  • Réparer ses objets est considéré comme plus "facile" que de réduire sa consommation de viande.

  • Changer de fournisseur d'électricité est vu comme plus "désirable" que de passer à une voiture électrique.

Il existe un fort décalage entre les actions considérées comme normales, faciles et désirables, et celles qui ont réellement le plus grand impact. Les perceptions individuelles sont influencées par des représentations où l'efficacité n'est pas le critère principal.


Bonnes métamorphoses et à la semaine prochaine !

Stéphane

Métamorphoses

Par Stéphane Amarsy

Stéphane est un entrepreneur visionnaire et un pionnier dans l'intersection de l'intelligence artificielle et de la transformation organisationnelle / sociétale. Fondateur de The Next Mind, il est guidé par une philosophie simple, mais percutante : "Mieux vaut s'occuper du changement avant qu'il ne s'occupe de vous !"

Sa trajectoire professionnelle, marquée par la création d'Inbox, devenue plus tard D-AIM en changeant complétement de business model, des levées de fonds, la fusion avec Splio, et l'élaboration du concept disruptif d'Individuation Marketing, sert de fondation solide à sa nouvelle entreprise. The Next Mind est le fruit de décennies d'expérience dans l'accompagnement de plus de 400 entreprises à travers plus de 30 pays dans leur transformation digitale / data / IA et organisationnelle.

Auteur du livre ​​"Mon Directeur Marketing sera un algorithme"​​, qui est une description de la société qu'il a projetée en 2017, auteurs de nombreuses tribunes, conférencier et intervenant dans plusieurs universités et écoles, il ne se contente pas de prêcher la transformation, il l'incarne. Chaque expérience proposée par Stéphane est inspirée entre autres par son vécu d'entrepreneur. Il pousse à affronter les réalités d'un monde en perpétuels changements. Stéphane est convaincu que la prise de conscience n'est que la première étape ; ce qui compte vraiment, c'est la capacité à agir et à s'adapter.

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