Notre myopie temporelle et ses conséquences
L'humanité est confrontée à de nombreux défis à long terme, notamment le changement climatique, la perte de biodiversité, la pollution, la surpopulation, la technologie dont l’IA, l’éducation, les ressources, certaines hégémonies culturelles, … Mais, il ne se passe pas grand-chose. Notre incapacité à appréhender et traiter efficacement ces problèmes trouve souvent ses racines dans des dynamiques sociales, économiques et politiques que l’on qualifie volontiers de complexes (pour se dédouaner).
L'une des principales raisons pour lesquelles l'humanité échoue à traiter les problèmes de long terme est une “forte” myopie temporelle, c'est-à-dire notre tendance à privilégier les gains immédiats au détriment des bénéfices futurs. Cette myopie est profondément ancrée dans les comportements individuels et les structures institutionnelles. Les cycles électoraux courts, par exemple, incitent les politiciens à se concentrer sur des politiques à court terme qui rapportent des votes immédiats plutôt que sur des solutions durables mais impopulaires à court terme.
Sans soucis d’exhaustivité, voici quelques exemples :
Le changement climatique est l'un des exemples les plus frappants de l'incapacité de l'humanité à gérer les problèmes de long terme. Malgré les preuves scientifiques accablantes et les avertissements répétés, les actions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre restent insuffisantes. Les conséquences de cette inaction sont déjà visibles et continueront de s'aggraver, affectant l'économie mondiale, la sécurité alimentaire, et provoquant des catastrophes naturelles plus fréquentes et plus intenses. Les sécheresses extrêmes en Amérique du Nord et du Sud ont entraîné une augmentation des prix des denrées alimentaires, provoquant des mouvements de protestation sociale et des instabilités politiques. Près de 896 millions de personnes vivent dans des zones côtières de faible élévation, un chiffre qui devrait dépasser 1 milliard d'ici 2050, exposant ces populations à des risques accrus d'inondations et de tempêtes. Toutes ces personnes devront se déplacer car leur lieu d’habitation ne sera plus vivable.
La gestion des ressources naturelles, telles que l'eau et les aliments, est un autre domaine où l'humanité montre une incapacité à planifier à long terme. La surexploitation des ressources, combinée aux effets du changement climatique, conduit à des pénuries qui exacerbent les tensions géopolitiques et les conflits. Près de deux tiers de la population mondiale vivent dans des conditions de stress hydrique, une situation qui s'aggravera avec le changement climatique, affectant l'agriculture et l'approvisionnement en eau potable.
La cybercriminalité représente une menace croissante pour les infrastructures stratégiques mondiales. Malgré la reconnaissance de ce risque, les mesures de protection et de prévention restent souvent inadéquates, laissant des systèmes critiques vulnérables aux attaques. Les attaques cybernétiques sur les infrastructures énergétiques, financières et de communication paralyseront des régions entières comme l'ont montré plusieurs récents incidents.
La baisse de la fertilité, la baisse démographique et le vieillissement des populations, les terres rares, l’énergie, la géopolitique, les risques de guerres civiles, le repli identitaire, l’IA, le futur des jobs, les changements de marché, l’hégémonie de groupes privés, santé publique, pollutions, baisse de la biodiversité et ses impacts, … sont également connus.
Alors, pourquoi nous ne bougeons pas ? Les principaux obstacles à la prise de décision à long terme dans les politiques publiques sont nombreux et variés. Ils incluent des facteurs institutionnels, politiques, économiques et culturels.
Les cycles électoraux courts sont l'un des principaux obstacles à la prise de décision à long terme. Les élus sont souvent plus préoccupés par leur réélection que par la mise en œuvre de politiques dont les bénéfices ne seront visibles qu'à long terme. Cette dynamique crée une préférence pour des mesures à court terme qui au mieux produisent des résultats immédiats et visibles pour les électeurs mais souvent répondent à des attentes électorales. Evidemment, la complexité des problèmes de long terme et l'incertitude quant à leurs solutions rendent la prise de décision difficile. Cela rend les décideurs réticents à s'engager dans des politiques dont les résultats sont incertains ou difficiles à mesurer et complexes à expliquer car non visibles à date. Les “opposants” de la vision à long terme de tout bord en profitent pour s’engouffrer dans cette brèche en développant des positions opposées.
Les structures institutionnelles et bureaucratiques sont également actrices de ce problème. Les routines administratives, les contraintes organisationnelles et la résistance au changement sont des obstacles majeurs bien connus. La coordination entre différents niveaux des gouvernements et entre diverses parties prenantes est aussi souvent insuffisante.
Vers une réponse éclairée
L'incapacité de l'humanité à s'occuper des problèmes de long terme est un défi complexe qui nécessite une approche multidimensionnelle. Il est crucial de développer des politiques et des actions immédiates pour atténuer les effets des crises à venir. La coopération internationale, l'inclusion sociale, et une gouvernance équitable sont essentielles pour surmonter ces défis et assurer un avenir durable pour les générations futures.
Pour surmonter ces obstacles, il faut absolument une gouvernance mondiale plus forte, encourager les comportements individuels responsables et réformer les systèmes économiques pour qu'ils valorisent les bénéfices à long terme et pénalisent au contraire les dettes futuristes. Changeons les règles du jeu économique !
L'éducation et la sensibilisation ont également un rôle clé pour inciter les citoyens et les décideurs à adopter une vision plus durable et proactive. L'humanité dispose des connaissances et des ressources nécessaires pour relever ces défis, mais cela nécessite une volonté collective de privilégier le bien-être futur au-delà des intérêts immédiats. Nous en sommes très loin pour l’instant, mais nous avons le pouvoir de changer le futur annoncé de nos descendants en mieux, alors …
N’hésitez pas à lire le livre “le Ministère du futur” de Kim Stanley Robinson qui traite de ce sujet sous l’angle écologique. Ce livre est un roman qui permet de comprendre bien des enjeux à long terme et spécifiquement la myopie temporelle.
En bonus, une tribune que j’ai écrite en janvier 2020 en prenant le sujet par le marketing.
Marketing durable, responsable ou éthique : quel que soit le nom qu’on lui donne, il s’agit de concilier marketing et développement durable.
Le marketing a joué un rôle important dans le développement de la société de consommation mais il a souvent mauvaise presse car il est accusé de créer de nouveaux besoins pour vendre toutes sortes d'innovations. En effet, Il alimente la croissance effrénée de la consommation et de ce fait participe à l'épuisement des ressources … sauf que le marketing est un outil, il est donc neutre par définition. Il est comme beaucoup d’autres au service d’objectifs et doit se plier à des contraintes (financières, clients, impacts, …). Proposer par exemple un marketing plus durable revient à considérer des finalités qui le sont. C’est donc à nous de changer notre façon de l’utiliser et de le faire évoluer.
Pourquoi changer ?
Parce que c’est existentiel pour l’humanité, la planète et pour l’économie : il est important de satisfaire le consommateur en lui offrant (uniquement) ce dont il a besoin. Il faut arrêter de fabriquer des « envies » car nos activités ont un réel impact sur notre planète, et que si nous continuons à consommer, produire et travailler de la sorte, les conséquences seront irréversibles. Il est nécessaire de s’adapter aux contraintes et d’anticiper les risques, tout en profitant des multiples opportunités de croissance offertes par les changements de règles et d’objectifs. Les contraintes liées au développement durable sont nombreuses, et elles constituent autant de risques potentiels pour les entreprises mais il est possible de faire rimer durable avec rentable, le jeu en vaut largement la chandelle malgré les efforts à fournir.
IA, une solution ?
Pour nous autres humains, les perspectives sont non « durables » si on projette une société en droite ligne avec les pratiques commerciales que l’on connait aujourd’hui puisque la seule finalité est l’augmentation de la consommation. Pourtant il est aussi de notre responsabilité de réfléchir à trouver de nouvelles voies pour sortir du « toujours plus ».
Nous avons maintenant les moyens d’optimiser l’information et la consommation des individus grâce aux nouvelles technologies comme l’IA mais avons-nous pris la pleine mesure de cette révolution ? L’IA ne fait que monter en puissance grâce à la multitude de données disponibles (bases d’apprentissage) et aux progrès algorithmiques mais est-il possible d’intégrer la dimension de la « durabilité humaine » dans son utilisation ?
Oui si nous la considérons comme un système de décision basé sur des règles, contraintes et objectifs intégrant la durabilité planétaire tant au sens environnemental qu’économique pour que tout change et s’ouvre dans une direction vertueuse. Concrètement, cela doit marquer la fin de la sur sollicitation avec des campagnes sur tous les clients sans distinction en se disant qu’il y aura bien quelques personnes intéressées. Fini les propositions sans réel intérêt car chaque interaction sera conditionnée à un niveau de pertinence en fonction des individus. Les entreprises doivent accepter d’inscrire la durabilité comme un critère de valorisation dans une relation pérenne avec le consommateur et réviser la construction de ses offres et leurs démarches commerciales. L’usage de l’IA est une solution indéniable à la prise en compte de ces objectifs par la prise en compte de l’ensemble des contraintes en même temps (nombre, pertinence, impact environnemental, équité, …) ; conduisant ainsi à servir l’ambition RSE des entreprises. La surconsommation doit laisser la place à la consommation durable et responsable. Le marketing doit faire de même.
Notre conscience est notre atout
L’IA n’a pas de conscience et notre durabilité passera par là. C’est à nous de décider de son utilisation (objectifs et contraintes) de façon à objectiver nos intentions à l’échelle d’un individu et plus largement pour une entreprise et un état. Il est important d’expliquer et partager encore et encore afin que nous prenions pleinement conscience des enjeux qui s’offrent à nous. C’est une chance unique pour les générations futures à condition de s’en occuper.
L’UE lance une copie numérique de la Terre pour simuler les risques environnementaux
L’Union Européenne a récemment dévoilé un projet ambitieux appelé "Destination Earth" (DestinE), visant à créer une copie numérique détaillée de notre planète pour simuler et prévoir les risques environnementaux. Ce projet utilise des technologies de pointe, notamment l’IA et les superordinateurs, pour améliorer la précision des prévisions climatiques et environnementales.
DestinE a pour objectif principal de fournir des outils de simulation et de prévision pour mieux comprendre et anticiper les phénomènes naturels et les impacts du changement climatique. Grâce à une immense base de données alimentée par des satellites, des capteurs IoT et d’autres sources gouvernementales, cette copie numérique permet d’analyser en détail les différentes composantes du système terrestre, telles que l’atmosphère, les océans, les terres et la glace de mer.
Le projet comprend deux modèles principaux :
Le modèle des extrêmes météorologiques et géophysiques, qui aide à évaluer et prédire les événements environnementaux extrêmes pour la gestion des risques.
Le modèle d’adaptation au changement climatique, qui soutient l’analyse et le développement de scénarios pour les politiques de développement durable et d’adaptation au changement climatique à long terme.
Destination Earth est conçu pour être un outil accessible à un large éventail d’utilisateurs, y compris les décideurs politiques, les scientifiques et le public. Par exemple, les maires pourront utiliser ce modèle pour prendre des mesures adéquates afin de préparer leurs villes aux événements climatiques extrêmes. En permettant de poser des questions spécifiques et de recevoir des scénarios détaillés en réponse, DestinE est une illustration de l’utilisation de la technologie pour lutter contre le changement climatique. Ce projet est soutenu par certains des superordinateurs les plus puissants d'Europe, tels que le LUMI en Finlande, et utilise les capacités de calcul haute performance de l’Europe (EuroHPC). Il bénéficie également de la coopération entre plusieurs institutions européennes dont le Centre Européen pour les Prévisions Météorologiques à Moyen Terme (ECMWF), l'Agence Spatiale Européenne (ESA) et l'Organisation Européenne pour l'Exploitation des Satellites Météorologiques (EUMETSAT).
Le développement de Destination Earth se fera en plusieurs phases, la première s’achevant en juin 2024 avec la mise en place des infrastructures initiales. Les phases ultérieures qui s'étendent jusqu'en 2030 viseront à améliorer les capacités du modèle, à intégrer les dernières avancées scientifiques et à exploiter l'écosystème numérique émergent soutenu par le programme Digital Europe de l'UE.
A suivre avec impatience !
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