Kessel

#61 Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

De quoi les PDG ont-ils parlé au T2 2024 / Le porno à l’heure de l’IA, de la réalité virtuelle et de la robotique / Consommation énergétique des datacenters / Intelligence animale et humaine, une convergence évolutive à explorer / L’eau, nouveau pilier de la géopolitique chinoise / Bad plastic / Visualisation de l'impact du réchauffement climatique

Métamorphoses
12 min ⋅ 10/09/2024

De quoi les PDG ont-ils parlé au T2 2024

Les résultats de la nouvelle enquête de IOT Analytics sur l’évolution des sujets de préoccupations des PDG sont sortis. En voici une synthèse.

1. Thèmes en hausse :

  • Intelligence Artificielle (IA) :

    • Analyse : L'IA est devenue le deuxième sujet le plus discuté lors des appels de résultats au T2 2024, avec une croissance de 5 % par rapport au trimestre précédent, représentant désormais 33,7 % des discussions. Cela montre que l'IA continue d'être un sujet central pour les entreprises, ce qui n'est pas surprenant étant donné son impact croissant sur divers secteurs. L'IA s'approche de devenir le sujet principal, potentiellement surpassant l'inflation, ce qui indique une focalisation accrue sur l'innovation technologique plutôt que sur les préoccupations économiques traditionnelles.

    • Implication : Les entreprises se concentrent de plus en plus sur l'intégration de l'IA dans leurs opérations et produits, ce qui pourrait conduire à des investissements accrus dans cette technologie. Cette tendance pourrait également signaler une course à l'innovation où les entreprises cherchent à ne pas se laisser distancer par leurs concurrents.

  • Centres de données :

    • Analyse : La discussion autour des centres de données a augmenté de 24 %, atteignant 11,4 % des appels de résultats. Cette montée est liée à l'essor de l'IA, qui nécessite une infrastructure robuste, notamment en termes de puissance de calcul et de stockage. Le rôle clé de NVIDIA et de ses GPU, qui sont essentiels pour les applications d'IA, est également mis en évidence, ce qui reflète l'importance croissante de l'infrastructure technologique pour soutenir les avancées en IA.

    • Implication : Cette tendance suggère que les entreprises technologiques, en particulier celles fournissant des solutions d'infrastructure, pourraient connaître une croissance continue. Les centres de données deviennent essentiels pour supporter l'explosion des données et le traitement nécessaire pour l'IA.

  • Modèles de Langage de Grande Taille (LLMs) :

    • Analyse : Les LLMs sont clairement en hausse, avec l'attention des PDG se portant sur trois acteurs principaux : Meta, Cohere, et Mistral AI. Ces modèles sont de plus en plus intégrés dans les solutions d'IA pour améliorer les interactions linguistiques et l'analyse de données.

    • Implication : L'essor des LLMs montre une demande croissante pour des IA capables de comprendre et de générer du langage naturel, ce qui a des implications dans de nombreux domaines, du service client à l'automatisation des tâches administratives. Les entreprises qui maîtrisent ces technologies pourraient obtenir un avantage concurrentiel significatif.

2. Thèmes en déclin :

  • Préoccupations économiques :

    • Analyse : Les discussions sur les préoccupations économiques (inflation, chaînes d'approvisionnement, taux d'intérêt, incertitudes) sont en déclin au T2 2024. La baisse des mentions suggère que les entreprises sont moins préoccupées par ces facteurs économiques ou qu'elles ont mieux intégré ces risques dans leurs prévisions.

    • Implication : Ce déclin peut indiquer une stabilisation des inquiétudes économiques ou une adaptation des entreprises aux conditions économiques actuelles. Cependant, la décision de la Réserve fédérale de maintenir les taux d'intérêt au même niveau suggère que les incertitudes économiques restent présentes, mais peut-être mieux gérées.

  • Durabilité :

    • Analyse : Les préoccupations liées à la durabilité ont également diminué, avec une baisse notable des discussions sur les émissions. Cela peut indiquer une certaine lassitude ou un ralentissement de l'élan autour des initiatives de durabilité, possiblement en raison des défis économiques ou technologiques actuels.

    • Implication : Si cette tendance se poursuit, elle pourrait ralentir les progrès vers des objectifs de durabilité à long terme. Cependant, elle pourrait également indiquer que les entreprises se concentrent davantage sur des priorités immédiates, comme la transformation numérique, au détriment des initiatives de durabilité.

  • Récession :

    • Analyse : Les mentions de récession ont connu la plus forte baisse, chutant de 39 % pour atteindre seulement 4 % des appels de résultats. Depuis le T2 2023, la récession a cessé d'être une préoccupation majeure, ce qui suggère que les entreprises perçoivent moins de risques à ce niveau ou ont déjà intégré le pire dans leurs stratégies.

    • Implication : Cette baisse significative dans les discussions autour de la récession peut indiquer un optimisme renouvelé ou une perception que le risque de récession est désormais moins pertinent. Cependant, cela pourrait aussi être un signe que les entreprises considèrent d'autres défis comme plus pressants.

Les résultats montrent un glissement des préoccupations économiques vers des discussions plus axées sur l'innovation technologique, en particulier l'IA. Les centres de données et les LLMs sont au cœur des préoccupations des PDG, ce qui met en évidence l'importance croissante de la transformation numérique dans les stratégies d'entreprise. En revanche, les sujets traditionnels de durabilité et de récession sont en déclin, ce qui pourrait refléter un changement dans les priorités ou une stabilisation des inquiétudes précédentes. Cela suggère que les entreprises sont prêtes à investir davantage dans l'innovation technologique, en dépit des défis économiques persistants.


Le porno à l’heure de l’IA, de la réalité virtuelle et de la robotique

L’industrie pornographique se trouve à l'aube d'une révolution technologique sans précédent et il n’y a aucun doute sur l’émergence d’un nouveau modèle. L'IA, la robotique et la réalité virtuelle ouvrent de nouvelles perspectives en promettant une personnalisation inédite des contenus et des expériences toujours plus immersives. Cette évolution apporte son lot de questions éthiques et sociétales en remettant en cause les frontières entre le virtuel et le réel, et en bouleversant les modèles économiques traditionnels de l'industrie.

Une étude sur l'IA menée par l'entreprise de chatbot Tidio auprès de plus de 1200 personnes a montré en 2021 qu’environ 42 % des personnes enquêtées seraient disposées à avoir des relations sexuelles avec un robot humanoïde, et 39 % croiraient même en une relation amoureuse avec une IA. Précisons qu'il existe également un écart important entre les hommes et les femmes. Les hommes sont plus ouverts à la fois à l'idée de coucher avec un robot (48 %) et à tomber amoureux d'une IA (43 %). Et vous ?

L'une des innovations les plus percutantes est l’utilisation de l'IA pour créer du contenu pornographique entièrement généré, sans acteurs réels. Des plateformes comme Candy.ai et Lustlab.ai permettent déjà aux utilisateurs de créer leurs propres personnages virtuels selon des critères très précis, répondant ainsi à des fantasmes personnalisés. Ces nouvelles possibilités menacent le modèle économique traditionnel des grands studios, qui se trouvent face à une concurrence totalement nouvelle. L'IA permet aussi de dépasser les limites du contenu standardisé, en offrant des expériences sur-mesure, adaptées aux préférences de chaque utilisateur. Cette personnalisation pourrait séduire un large public, mais pose la question des impacts à long terme sur notre conception des relations intimes. L’autonomisation de la création de contenu par l’IA comme pour les jeux vidéo changera l’ensemble de l’écosystème.

Si l'IA offre une personnalisation des contenus, la réalité virtuelle (VR) promet quant à elle une immersion sans précédent. Grâce aux casques VR, les utilisateurs peuvent se plonger au cœur de l’action, avec une sensation de présence inédite. Même si la pornographie en réalité virtuelle ne concerne pour l'instant qu’un petit segment de marché, avec environ 200 000 utilisateurs dans le monde, son potentiel est immense. À mesure que les technologies de VR se perfectionneront, notamment en termes de confort et de prix, l’adoption de ces expériences connaîtra un essor spectaculaire. L’argument majeur des défenseurs de cette offre est simple “La VR ouvre également la voie à une exploration plus sûre et contrôlée de la sexualité, en offrant un espace virtuel où les utilisateurs peuvent explorer des désirs et fantasmes sans risque physique ni interaction avec autrui.” … heu … bon, je sois être trop vieux. Cette « réalité alternative » encouragera aussi la fuite vers des relations de plus en plus virtuelles, remettant en cause notre rapport à l'intimité et à la connexion humaine réelle.

La robotique est une autre technologie en pleine expansion dans le secteur du X. Les robots sexuels, ou « sexbots », dotés d’intelligence artificielle, sont de plus en plus réalistes et interactifs. Le premier robot sexuel équipé d’IA, nommé Harmony, a vu le jour en 2017. Ces robots offrent une expérience immersive et interactive, permettant aux utilisateurs de personnaliser non seulement les traits physiques, mais aussi les traits de personnalité des robots. Cela répond à une demande croissante de personnalisation des expériences sexuelles par les humains. Il y a donc un gros marché en devenir …

Comme toujours, il y a la face obscure de cette évolution. La personnalisation et l’immersion que permettent ces technologies peuvent accentuer la déshumanisation des relations sexuelles. À mesure que les utilisateurs s’habituent à des interactions virtuelles ou robotiques, les relations humaines réelles risquent d’en pâtir. Certains craignent aussi que ces technologies ne renforcent des stéréotypes sexistes ou des comportements problématiques, notamment en ce qui concerne le consentement et la violence envers les robots. Pour la production et la diffusion de contenus pornographiques générés par IA, il y a des risques sérieux en matière de deepfakes, c'est-à-dire la création de vidéos pornographiques non consenties utilisant des visages de personnes réelles. La facilité avec laquelle ces contenus peuvent être produits menace de banaliser ces pratiques, aggravant les problèmes liés au consentement et à la vie privée.

L'industrie pornographique se trouve à un tournant décisif. Si les avancées technologiques offrent des opportunités commerciales immenses, elles posent également des défis éthiques et sociétaux qui ne peuvent être ignorés. L'IA, la VR et la robotique redéfinissent notre rapport à la sexualité, en nous rapprochant toujours plus d'une expérience virtuelle personnalisée. Mais le risque de déshumanisation et de dérives éthiques impose une réflexion individuelle et collective sur la place que nous souhaitons accorder à ces innovations dans nos vies intimes. Qu’en pensent les psychologues d’aujourd’hui et encore plus intéressant ceux de dans dix ans avec le retour d’expérience ?

Pour réfléchir à ce sujet, je vous conseille le film ex-Machina et les séries Real-humans et Westworld.


L'explosion de la consommation énergétique des datacenters

La révolution numérique, associée à l'essor de l'IA et de l'Internet des objets (IoT), a provoqué une augmentation fulgurante de la consommation énergétique des datacenters et si on conjugue au futur les besoins sont exponentiels. Ces véritables "cœurs" de l'Internet stockent et traitent les données pour les services de cloud, le streaming, les réseaux sociaux et bien d'autres applications critiques. Alors que le monde devient de plus en plus connecté, les datacenters sont désormais confrontés à un défi environnemental et économique majeur. Si des solutions ne sont pas trouvées rapidement (et évidemment peu de personnes souhaitent la solution d’une consommation plus sobre de chacun d’entre nous), cette croissance exponentielle entraînera des conséquences lourdes sur notre avenir.


Réalisée avec Dall-e 3

Les datacenters consomment aujourd'hui entre 1% et 2% de l'électricité mondiale. Ce chiffre pourrait atteindre entre 3% et 4% d'ici 2030, un bond impressionnant. Selon l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE), la consommation électrique mondiale des datacenters pourrait doubler entre 2022 et 2026, passant de 460 TWh à plus de 1000 TWh dans le pire des scénarios. Aux États-Unis, leur part dans la consommation électrique totale, qui était de 3% en 2022, pourrait atteindre 8% d’ici la fin de la décennie. En Europe, l'Irlande, qui est un hub majeur pour les datacenters, voit sa consommation énergétique croître à un rythme alarmant. Les datacenters pourraient représenter 32% de la consommation électrique du pays d’ici 2026, contre 17% en 2022 .

L'IA, en particulier, joue un rôle clé dans cette montée en flèche de la demande énergétique. Pour illustrer, une seule requête sur un modèle IA comme ChatGPT consomme environ 2,9 Wh d'électricité, soit près de 10 fois plus qu'une simple recherche Google (0,3 Wh) (au passage, arrêtez s’il vous plait d’utiliser l’IA pour faire l’équivalent de requête d’un moteur de recherche). Les serveurs équipés de processeurs graphiques (GPU), utilisés massivement pour l'IA et le machine learning, consomment quatre fois plus d’énergie que les serveurs traditionnels. Cette augmentation des besoins en énergie ne s’arrête pas là.

La concentration de datacenters dans certaines zones, comme Dublin ou la Silicon Valley, pose des problèmes croissants sur les réseaux électriques locaux. L'essor parallèle des véhicules électriques vient exacerber ces tensions, et imposent des investissements massifs dans l'infrastructure pour éviter des coupures de courant. Aux États-Unis, on estime qu'environ 50 milliards de dollars devront être investis uniquement pour soutenir la demande énergétique des datacenters. Par ailleurs, les datacenters consomment également d'importantes quantités d'eau pour le refroidissement de leurs équipements. Chaque année, un datacenter type peut consommer jusqu'à 600 000 m³ d'eau. Cette utilisation massive d'eau s'ajoute aux défis environnementaux déjà posés par l'empreinte carbone du secteur.

Des solutions pour un avenir durable

  1. Amélioration de l'efficacité énergétique : l'efficacité énergétique des datacenters est mesurée par le PUE (Power Usage Effectiveness). Si, il y a dix ans, le PUE moyen était proche de 2 (ce qui signifie que la consommation totale était deux fois supérieure à celle des serveurs seuls), il est aujourd'hui d’environ 1,3. L’objectif est de tendre vers un PUE de 1,1, ce qui indiquerait une consommation énergétique quasi-optimale. Pour ce faire, il est indispensable de développer de nouvelles puces abordables et seuls NVIDIA et TSMC en ont le pouvoir avec plus de 80% du marché mais est-ce leur intérêt ?

  2. Virtualisation des serveurs : la virtualisation permet d'optimiser l'utilisation des serveurs physiques, réduisant le nombre de machines nécessaires tout en augmentant le taux d’utilisation des équipements. Cela permet une meilleure performance avec une empreinte énergétique réduite.

  3. Nouvelles technologies de refroidissement : le refroidissement est responsable de 30% à 40% de la consommation électrique totale des datacenters. Des technologies comme le "free cooling", qui utilise l’air extérieur pour refroidir les serveurs, ou le "couloir froid", qui sépare les flux d’air chaud et froid, sont des solutions efficaces pour réduire cette consommation.

  4. Transition vers les énergies renouvelables : de grands acteurs comme Google et Microsoft se sont engagés à utiliser 100% d’énergie renouvelable pour alimenter leurs datacenters . La production d’énergie sur site (panneaux solaires, éoliennes) ou via des contrats d’achat d’électricité verte (PPA) permet aux entreprises de réduire leur empreinte carbone.

  5. Récupération de la chaleur : les datacenters produisent d'énormes quantités de chaleur, qui peuvent être réutilisées. Par exemple, le CERN récupère jusqu'à 4 GW de chaleur pour alimenter des réseaux de chauffage urbains, réduisant le gaspillage énergétique.

  6. Réglementation plus stricte : à l’instar des réglementations pour l’empreinte carbone des voitures, il serait possible de faire de même pour les datacenters dans des espaces homogènes et réglementés comme L’Union Européenne du fait du RGPD et l’IA ACT.

  7. Payer un juste prix d’usage : fixer le prix n’ont pas en fonction d’un modèle économique habituelle mais en intégrant le coût à long terme sur l’environnement donc sur le vivant. Cela revient au pollueur payeur mais à long terme avec un système de compensation pour que les usages ne soient pas réservés aux plus aisés. L’idée est simple mais complexe à mettre en œuvre sans volonté politique.

L’explosion de la consommation énergétique des datacenters est très préoccupante pour les décennies à venir. Alors que le numérique continue de se développer à une vitesse vertigineuse, il faut rapidement trouver un équilibre entre innovation technologique et protection de l’environnement. Les datacenters, qui sont au cœur de cette révolution numérique, devront évoluer vers des infrastructures plus écologiques et plus efficaces. Cela nécessitera des investissements massifs, des politiques gouvernementales renforcées et une coopération internationale. Mais ce défi vaut d’être relevé, car il en va de la durabilité de notre avenir numérique.


Intelligence animale et humaine, une convergence évolutive à explorer

La découverte récente sur les ouistitis sud-américains, publiée dans la revue Science, éclaire une facette fascinante et peu connue de l'évolution animale : l'usage des « étiquettes sonores individuelles » chez certaines espèces. Cette étude israélienne, menée par le laboratoire de David Omer, suggère que ces petits primates se reconnaissent et communiquent via des signaux vocaux uniques, un comportement que l'on croyait réserver aux humains, dauphins et éléphants. Cette découverte grâce à de l’IA nous oblige à une réflexion plus large sur l'intelligence animale non humaine et les possibles parallèles avec notre propre évolution cognitive.

Les chercheurs ont enregistré des échanges entre ouistitis et analysé ces vocalisations grâce à des méthodes d'intelligence artificielle. Ils ont observé que chaque ouistiti possède une sorte de « nom vocal » utilisé par ses congénères, et que la réponse à cet appel est beaucoup plus marquée lorsqu'il s'agit d'un signal « personnalisé ». Plus encore, les jeunes ouistitis apprennent ces vocalisations au contact de leurs parents, ce qui constitue un apprentissage social du langage, comparable à ce que l'on voit chez l'humain. Cette capacité à interagir de manière vocale, à tour de rôle, est une compétence rare dans le règne animal (humains, éléphants et dauphin à notre connaissance). L'absence d'un « code craqué » par les scientifiques pour expliquer cette communication montre qu'il reste encore beaucoup à découvrir. Mais ces observations suggèrent que les ouistitis, malgré leur éloignement évolutif de l'humain, ont développé des comportements sociaux similaires à ceux d'espèces considérées comme plus proches de nous. Les doutes de David Omer sur une origine commune pour l'usage du « nom » chez les primates se fondent sur l'absence de telles caractéristiques chez les singes plus proches de l'homme, ainsi que sur la distance de 32 millions d'années qui sépare nos deux lignées. Cette absence est toute relative, car cette découverte grâce à l’IA permettra sans doute d’identifier d’autres espèces en capacité de le faire ce qu’humainement nous n’avons pas été capable de faire.

Cette découverte pose la question de l'intelligence et de la communication dans le règne animal. L'existence de ces « noms » chez plusieurs espèces – ouistitis, dauphins, éléphants – pourrait s'expliquer par une convergence évolutive. En d'autres termes, ces comportements auraient émergé indépendamment, en réponse à des besoins sociaux similaires. Chez ces animaux, souvent organisés en petits groupes soudés, l'identification vocale de chaque individu est cruciale pour maintenir les relations sociales et la cohésion du groupe. Ce phénomène pourrait donc avoir des implications sur notre compréhension de l'évolution de la communication et de l'intelligence, bien au-delà du seul cadre humain. L'usage d'une étiquette vocale unique est particulièrement pertinent dans des environnements denses, comme les forêts tropicales où vivent les ouistitis. Cela permet aux individus de se localiser et de communiquer dans un espace visuellement restreint. Mais comme le souligne Emmanuel Chemla, linguiste et spécialiste du langage animal au CNRS, d'autres facteurs pourraient expliquer ces résultats, tels que la hiérarchie ou l'agitation d'un individu. Il serait tentant de voir dans ces découvertes un miroir de notre propre usage des noms et de la communication sociale. Mais comme le rappelle Omer, la convergence évolutive semble plus probable qu'un héritage commun. Chaque espèce ayant développé ses propres stratégies pour répondre aux défis de son environnement, il nous revient de mieux comprendre comment ces solutions évolutives complexes se mettent en place.

Alors que l'intelligence artificielle permet de décoder de plus en plus finement les vocalisations animales, elle nous offre également l'occasion de réfléchir aux limites de notre propre compréhension de l'intelligence. Si ces ouistitis, à première vue éloignés de nous, montrent des capacités que nous pensions quasi exclusivement humaines, il est temps de reconsidérer la richesse et la diversité des formes de communication dans la nature. Cette découverte est un pas de plus vers une vision plus nuancée de l'intelligence animale, mais aussi, peut-être, et plus humble de la nôtre.


L’eau, nouveau pilier de la géopolitique chinoise

L'eau, une ressource précieuse et rare, devient un enjeu géopolitique central pour la Chine. L’incroyable croissance économique et l'urbanisation rapide ont considérablement fragilisé les ressources hydriques du pays. Aujourd’hui, la gestion de l'eau dont nous avons cruellement besoin ne se limite plus aux préoccupations internes du pays. Elle s'étend aux relations internationales, influençant la diplomatie régionale, les stratégies énergétiques et l’équilibre de pouvoir en Asie. Ce sont les raisons qui font que la question de l’eau joue un rôle clé dans la politique étrangère et le positionnement géopolitique de la Chine.

L'eau est essentielle pour maintenir la stabilité intérieure en Chine. En tant que ressource vitale pour l’agriculture, l'industrie, le développement technologique et la consommation humaine, elle est nécessaire pour soutenir la croissance économique du pays. Mais la pollution généralisée et la raréfaction de l’eau, exacerbées par une urbanisation galopante, imposent une pression immense sur les ressources disponibles. La Chine, en tant que deuxième économie mondiale, est consciente que sa prospérité future dépend en partie de sa capacité à gérer ces défis hydriques. Une mauvaise gestion entraînera des troubles sociaux et fragilisera la stabilité intérieure, éléments clés pour le maintien de son influence internationale.

La Chine partage des rivières avec 14 pays voisins, dont des fleuves majeurs comme le Mékong, l'Amour et le Brahmapoutre. La manière dont Pékin gère ces ressources transfrontalières influence ses relations diplomatiques avec ses voisins. L'exemple du Mékong est frappant. Les barrages chinois en amont ont un impact direct sur la disponibilité de l'eau pour les pays en aval, notamment le Vietnam, le Laos, la Thaïlande et le Cambodge, dont l'agriculture et la sécurité alimentaire dépendent largement du fleuve. Cette gestion des eaux transfrontalières est devenue un outil de diplomatie régionale pour Pékin. Contrôler ces flux permet à la Chine d’exercer une influence sur ses voisins, mais génère également des tensions. La région autonome du Tibet, souvent désignée comme « la tour d’eau de l’Asie », joue un rôle stratégique dans cette dynamique. La Chine, en contrôlant le plateau tibétain, gère de fait les sources de certains des plus grands fleuves d'Asie, renforçant l'importance géopolitique de cette région dans ses relations internationales.

La Chine est le plus grand producteur mondial d’hydroélectricité, une énergie clé dans sa stratégie de réduction des émissions de carbone. La construction de barrages hydroélectriques sur des rivières transfrontalières, notamment le Brahmapoutre et le Mékong, envenime les relations avec ses voisins. Les pays riverains notamment l'Inde et les nations d'Asie du Sud-Est, dépendants de ces ressources en eau pour leur agriculture et leur consommation, voient dans ces constructions une menace pour leur sécurité hydrique. Cela oblige Pékin à s’engager dans des négociations diplomatiques et à participer à des cadres de coopération régionale pour éviter que les tensions ne dégénèrent. Mais la Chine détient une influence considérable sur l'approvisionnement en eau de ces nations. Ce contrôle pourrait être utilisé comme une monnaie d’échange dans des négociations plus larges, touchant à des questions commerciales, territoriales ou stratégiques.

La Chine utilise également son expertise dans le domaine de l'eau comme un levier d’influence internationale, notamment dans les pays en développement. En offrant son aide pour construire des infrastructures hydrauliques – barrages, usines de traitement des eaux – elle renforce ses relations diplomatiques avec ces nations. Ces projets permettent à Pékin d'étendre son influence tout en consolidant des partenariats stratégiques, notamment dans des régions cruciales comme l'Afrique et l'Asie du Sud-Est. Cette « diplomatie de l’eau » permet à la Chine de se positionner en tant que leader dans les technologies d’eau comme elle l’a fait pour les autres énergies “vertes”, tout en renforçant son image de bienfaiteur et de partenaire incontournable dans le développement des infrastructures critiques. Elle occupe un terrain abandonné par l’Occident.

L’eau, autrefois perçue uniquement comme une ressource naturelle, est désormais au cœur de la géopolitique de nombreux pays et en particulier de la Chine qui par sa géographie et la possession du Tibet dispose de ressources clés pour le futur de la région. Elle a de facto un pouvoir d’influence très fort et d’un point de vue géopolitique d’en construire un autre dans l’exportation de son savoir-faire. Elle n’a pas à date de compétiteur de son niveau.

A suivre …


Bad Plastic

Une étude scientifique vient de révéler l’augmentation de la présence de microparticules de plastique dans les tissus cérébraux humains. Cette recherche a été réalisée au sein de l'Université du Nouveau-Mexique. Cité par la chaîne CNN, Matthew Campen, principal auteur de ce travail explique que « c'est assez alarmant. Il y a beaucoup plus de plastique dans nos cerveaux que je n'aurais jamais pu l'imaginer. Par rapport aux échantillons de cerveaux autopsiés de 2016, c'est environ 50 % de plus. Les échantillons de 2024 contenaient 0,5 % de plastique en termes de poids ».


Réalisée avec Dall-e 3

Un chiffre glaçant. Il est donc évident que le phénomène s’amplifie, et rapidement. Les microplastiques, ces particules invisibles à l'œil nu, ne sont pas seulement confinés au cerveau. Des études ont aussi révélé leur présence dans des organes vitaux tels que le foie, les reins, le placenta, les tissus testiculaires et même dans le sang. C’est une invasion invisible, mais bien réelle, qui se déroule dans nos corps.

Les scientifiques restent prudents quant aux effets à long terme de cette pollution interne. Pourtant, les signaux d’alerte sont déjà là. Plusieurs études ont démontré que ces particules pouvaient endommager les cellules humaines. Plus troublant encore, des quantités plus importantes de plastique ont été retrouvées dans les cerveaux de personnes décédées de démence, supposant une possible corrélation entre ces particules et certaines maladies neurodégénératives. Cette découverte s’ajoute à une série d’évidences montrant que les microplastiques se trouvent désormais partout, des profondeurs des océans aux sommets des montagnes. On les a même retrouvés dans des endroits aussi reculés que les sommets Pyrénées, sans compter qu’ils se glissent insidieusement dans notre alimentation quotidienne, via l’eau que nous buvons, les poissons que nous consommons, et même l’air que nous respirons.

Ce fléau planétaire doit être pris au sérieux. Si les effets des microplastiques sur la santé humaine restent encore partiellement obscurs, les indices s'accumulent et pointent vers un danger grandissant. Plus que jamais, nous devons réduire drastiquement notre consommation de cette matière. L’avenir de notre santé, et celui de nos cerveaux, est en jeu. A l’action.


Visualiser géographiquement les risques climatiques

D’ici 2100, de nombreux territoires de notre planète deviendront « inhabitables ». La chaleur extrême, les cyclones tropicaux, l’élévation du niveau de la mer, le stress hydrique ou une combinaison de ces éléments devraient rendre la vie là-bas difficile, voire impossible.

La définition de « inhabitable » fait référence aux conditions de vie naturelles dans les zones (chaleur, stress hydrique, niveau de la mer, cyclones tropicaux). Les interventions technologiques d'origine humaine, telles que les stations de pompage à grande échelle des océans ou la climatisation, ne sont pas prises en compte.

Les visualisations supposent des scénarios qui conduiraient à un réchauffement climatique compris entre 2,5°C et 3°C ​​d’ici 2100 par rapport aux niveaux préindustriels, conformément aux prévisions du Climate Action Tracker, qui fonde ses prévisions sur la surveillance des politiques et des actions climatiques internationales. Selon eux, on en est à +2.7°C pour l’instant ce qui est bien supérieur aux accords de Paris.

Il ne faut pas se méprendre, nos modes de vie et notre modèle économique conduit tout droit à de massives migrations et bien avant 2100. Il serait plus que temps de s’occuper de nos futurs.

Pour visualiser, il suffit de cliquer ici.


Bonnes métamorphoses et à la semaine prochaine.

Stéphane

Métamorphoses

Par Stéphane Amarsy

Stéphane est un entrepreneur visionnaire et un pionnier dans l'intersection de l'intelligence artificielle et de la transformation organisationnelle / sociétale. Fondateur de The Next Mind, il est guidé par une philosophie simple, mais percutante : "Mieux vaut s'occuper du changement avant qu'il ne s'occupe de vous !"

Sa trajectoire professionnelle, marquée par la création d'Inbox, devenue plus tard D-AIM en changeant complétement de business model, des levées de fonds, la fusion avec Splio, et l'élaboration du concept disruptif d'Individuation Marketing, sert de fondation solide à sa nouvelle entreprise. The Next Mind est le fruit de décennies d'expérience dans l'accompagnement de plus de 400 entreprises à travers plus de 30 pays dans leur transformation digitale / data / IA et organisationnelle.

Auteur du livre ​​"Mon Directeur Marketing sera un algorithme"​​, qui est une description de la société qu'il a projetée en 2017, auteurs de nombreuses tribunes, conférencier et intervenant dans plusieurs universités et écoles, il ne se contente pas de prêcher la transformation, il l'incarne. Chaque expérience proposée par Stéphane est inspirée entre autres par son vécu d'entrepreneur. Il pousse à affronter les réalités d'un monde en perpétuels changements. Stéphane est convaincu que la prise de conscience n'est que la première étape ; ce qui compte vraiment, c'est la capacité à agir et à s'adapter.

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