Projet de moratoire sur la régulation de l’IA aux USA Le défi démocratique du « Generative Search Optimization » Terres rares et systémie Chroniques du futur : le dernier poète humain Quand l’IA remplace l’humain, qui éduque encore ?
Bonjour à toutes et tous,
Au menu cette semaine :
Projet de moratoire sur la régulation de l’IA aux USA
Le défi démocratique du « Generative Search Optimization »
Terres rares et systémie
Chroniques du futur : le dernier poète humain
Quand l’IA remplace l’humain, qui éduque encore ?
Stéphane
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L’Executive Order 14110 signé par Joe Biden en octobre 2023 imposait audits de sécurité, partage de tests et vigilance sur les droits civiques mais il s’agit d’une directive sans force de loi. Faute de cadre fédéral, chaque État improvise : la Californie débat d’une « AI License » pour les modèles de fondation, New York envisage d’encadrer la reconnaissance faciale, le Colorado exige déjà des évaluations d’impact. Au Congrès, plusieurs projets comme l’Algorithmic Accountability Act et le CREATE AI Act stagnent. Ils sont victimes d’un consensus rare à savoir que personne ne veut entériner la version de l’autre. Ce vide nourrit un lobbying incroyable. OpenSecrets comptabilise 648 acteurs ayant déclaré des dépenses autour de l’IA en 2024, contre 458 l’année précédente. La dépense totale bondit de 141 %. Les géants du cloud (Microsoft, Amazon), du web (Google, Meta) et les nouveaux venus (OpenAI, Anthropic) dépêchent avocats et data‑scientists sur Capitol Hill, financent des think tanks et sponsorisent les hackathons « responsables ». OpenAI à elle seule investit 1,8 million $ pour défendre sa vision d’une autorégulation « audacieuse mais sûre ». Message martelé : un « patchwork » d’États « étranglera l’innovation et offrira la couronne à Pékin ».
C’est dans ce climat qu’est arrivé le « One Big Beautiful Bill Act », vaste paquet budgétaire adopté d’une voix le 22 mai 2025. Son article 43201 suspend pour dix ans toute loi étatique touchant aux modèles, aux données ou aux systèmes décisionnels. Donald Trump justifie cette préemption par la nécessité d’une « prévisibilité totale » . Il rebaptise l’AI Safety Institute en Center for AI Standards and Innovation et proclame : « Nous libérons enfin l’IA américaine de la bureaucratie. » Le texte doit encore franchir l’obstacle du Sénat où la majorité est républicaine. Entre‑temps, les groupes de pression redoublent d’efforts tandis que plusieurs sénateurs républicains modérés préviennent qu’ils ne voteront pas un texte privant leur État de tout pouvoir en matière de protection des citoyens.
La résistance est vive. Une lettre cosignée par 260 parlementaires des cinquante États rappelle que les assemblées locales sont « les laboratoires de la démocratie ». « Le dernier objectif serait de brider l’innovation mais peut‑on ôter aux États le droit de protéger leurs habitants ? », interroge le républicain Brandon Guffey. ONG, syndicats et juristes redoutent un vide juridique précisément au moment où deepfakes, recrutements biaisés et escroqueries génératives prolifèrent. Pendant ce temps, l’Europe trace une trajectoire opposée. Le 13 juin 2024, l’AI Act 2024/1689 a été définitivement adopté. Il classe les systèmes selon leur risque, interdit les usages « inacceptables », impose des audits indépendants pour les applications sensibles et prévoit des sanctions jusqu’à 7 % du chiffre d’affaires mondial. Sa portée extraterritoriale signifie qu’une start‑up californienne visant le marché unique devra se conformer. Bruxelles prépare déjà la suite avec un « AI Sandbox » pour les PME, un fonds souverain de dix milliards d’euros pour les GPU européens et une coalition normatrice avec le Canada et le Japon. Il serait cocasse qu’in fine les géants de la technologie américains plébiscitent l’IA Act qui couvre un large territoire à l’inverse du risque de gruyère américain …
Trois scénarios se dessinent à l’horizon 2035.
« Wild West » : accélération américaine sans garde‑fous, explosion des risques et retour punitif du législateur.
« Attraction européenne » : la puissance d’achat de l’UE impose ses standards ce qui déclenche une convergence mondiale, innovation plus lente mais plus sûre.
« Compromis concerté » : sous l’égide du G20, États‑Unis et Union européenne définissent un socle commun de transparence en laissant chaque région affiner.
Vannevar Bush avertissait en 1945 : « La science prospère quand une curiosité sans limite rencontre un garde‑fou éclairé. » Remplacer ce garde‑fou par un vide de dix ans reviendrait à confondre vitesse et précipitation. Au lieu de suspendre le débat, Washington pourrait instaurer des bacs à sable réglementaires, associer chercheurs et citoyens à des jurys de prospective et fixer dès maintenant des obligations graduées d’audit et de traçabilité. Car suspendre le temps n’a jamais empêché le progrès d’avancer. Cela ne fait que différer l’inévitable rendez‑vous entre innovation et responsabilité en laissant dans ce cas précis une innovation aux impacts inimaginables sur 10 ans se développer.
Depuis vingt ans, le référencement consiste à grimper sur la première page de Google. Depuis 2025, l’enjeu s’appelle GSO (Generative Search Optimization). Cette pratique vise à façonner textes, métadonnées, images et graphiques pour qu’ils soient retenus par les IA conversationnelles qui synthétisent désormais la réponse « officielle » à nos questions. L’idée est simple. Si le modèle vous cite, vous existez. Sinon, vous sortez du débat. Pour être cité, il faut qu’on parle de vous !
Le phénomène n’est plus marginal. Selon une étude publiée ce printemps, 40 % des requêtes mondiales transitent désormais par ces assistants IA. Autrement dit, près d’une recherche sur deux ne passe plus par un moteur classique mais par un condensé rédigé par une IA. En parallèle, Gartner estime que 80 % du contenu digital sera généré par des modèles d’ici fin 2025, gonflant un océan de données dont seules les surfaces optimisées remonteront à la lumière. Le GSO devient ainsi le nouveau passage informationnel obligé : un filtre invisible, mais décisif, entre la question citoyenne et la pluralité des sources. Là où afflue l’attention, la politique s’invite toujours. Moscou a ouvert la voie : une armée de sites « Pravda » déverse chaque jour des milliers d’articles calibrés non pour des lecteurs humains mais pour les robots gloutons qui nourrissent les grands modèles. Sur un tiers des requêtes sensibles (armes biologiques en Ukraine, mercenaires étrangers, …), les chatbots reprennent aujourd’hui en verbatim ces narratifs trafiqués. Nous entrons dans l’ère du LLM grooming à savoir façonner l’alimentation d’un modèle pour influencer en bout de chaîne la vision du monde d’un électeur.
Faut-il chercher plus loin pour que les stratégistes électoraux flairent l’aubaine ? À Paris comme à Bangalore, des agences proposent déjà des « packs GSO » : mille billets de blog générés, enrichis de mots-clés, prêts à inonder le web indexé. Le coût marginal frôle zéro, la portée potentielle est illimitée. Demain, taper « Qui protège vraiment mon pouvoir d’achat » dans un chatbot pourrait renvoyer le programme d’un parti, non parce qu’il est le meilleur, mais parce qu’il aura saturé l’éco-système de textes calibrés (marquage, chiffres réactualisés, ton didactique, …) que l’algorithme confond avec l’autorité. Cette dynamique mine la démocratie par capillarité. D’une part, le format “réponse unique” gomme la nuance car le chatbot livre une certitude, pas un débat. D’autre part, la logique d’optimisation lexicalement “riche” défavorise les positions modérées moins promptes au slogan et au bourrage de mots-clés. Une étude de l’université de Berkeley a montré que les modèles accordaient la primeur à la simple co-occurrence de termes au détriment de la fiabilité des sources. La polarisation devient mécanique.
Face à ce risque systémique, trois pistes s’imposent :
Un passeport de sources obligatoire. Toute réponse d’intérêt civique produite par une IA devrait afficher la liste pondérée de ses vingt premières références. L’Article 50 du tout récent AI Act européen trace déjà la voie en exigeant la transparence pour les systèmes générant du contenu. Rendre ces logs publics découragerait les campagnes furtives de content-spamming.
Un pluralisme algorithmique garanti. Sur le modèle de la chronique opposée dans la presse, les IA traitant de sujets politiques devraient intégrer un coefficient minimal de diversification avec une obligation de puiser dans des corpus idéologiquement contrastés avant de synthétiser. C’est exactement l’esprit que plusieurs eurodéputés veulent préserver face aux tentatives de dilution de l’AI Act par les géants du numérique.
Un index public ouvert et financé. L’Europe subventionne déjà les données climatiques. Pourquoi ne pas soutenir un Common Crawl démocratique certifié par bibliothèques nationales, universités et médias de référence ? Un tel gisement offrirait un contre-poids aux fermes de contenus privées et abaisserait la barrière d’entrée pour de nouveaux acteurs moins dépendants du marché publicitaire.
On objectera que réguler, c’est freiner l’innovation. Mais la vraie question n’est plus la vitesse, c’est la trajectoire. En laissant le GSO évoluer sans encadrement, nous risquons la création d’une sphère publique “monocorde” où une poignée d’opérateurs et de spin-doctors programment l’agenda mental collectif comme dans 1984 d’George Orwell.
Notre époque vertigineuse exige d’embrasser le changement, non de le subir. Il est donc indispensable que législateurs, médias et citoyens s’emparent du GSO comme d’un enjeu démocratique majeur. La bataille du référencement a façonné l’économie numérique, celle de la générativité façonnera la démocratie elle-même. Ne laissons pas à l’arbitraire algorithmique le soin de décider quelles idées méritent d’exister.
Le grain de sable est parfois invisible mais lorsqu’il se glisse dans l’engrenage d’une supply-chain mondialisée, il peut faire taire des géants. En moins d’un trimestre, quelques milligrammes de dysprosium, de terbium ou de néodyme ont mis sous cloche des ateliers de Sagara à Saragosse : lignes d’estampage stoppées, robots muets, plans de production réécrits à la hâte, ... Le message est limpide. Dans l’économie électrifiée, la poussière de métal vaut davantage que les tonnes d’acier et celui qui contrôle cette poussière détient un levier stratégique plus important que le pétrole du XXe siècle. La bascule porte une date précise : le 4 avril 2025. Ce jour-là, Pékin publie l’Annonce n° 18 et exige qu’une licence d’exportation soit déposée pour chaque expédition de terres rares « moyennes ou lourdes » et d’aimants permanents qui en dérivent. Pas d’embargo frontal, plutôt une vanne bureaucratique au goutte-à-goutte capable de s’ouvrir ou de se fermer au client près. La diplomatie des minéraux critiques entre ainsi dans son ère 2.0 alliant précision chirurgicale et visibilité politique maximale.
Le choc industriel ne se fait pas attendre. Au Japon, Suzuki suspend dès le 26 mai l’assemblage de la Swift. Au Michigan, Ford interrompt une semaine la production de son Explorer. A Pune, Bajaj annonce qu’il devra freiner ses deux-roues électriques si rien ne change d’ici juillet. Le « just-in-time » se transforme partout en « just-in-case ». La fluidité logistique cède la place à des calculs de survie et l’on découvre que quelques grammes d’aimants néodyme-fer-bore peuvent figer des milliards d’euros d’investissements. L’Europe, souvent persuadée qu’elle n’est qu’un arbitre éclairé entre Washington et Pékin se découvre en première ligne. Le 4 juin, l’association des équipementiers CLEPA tire la sonnette d’alarme. Plusieurs sites ont déjà dû fermer et la vague ne fera que grossir à mesure que les stocks s’épuisent. BMW reconnaît des tensions chez ses sous-traitants tandis que les fédérations françaises parlent officiellement de « gestion de crise ». Derrière les chiffres se profile une question existentielle : comment assembler une voiture même thermique sans les micro-aimants ?
Le bras de fer politique s’aiguise. À Paris, le ministre chinois du Commerce (Wang Wentao) rencontre le commissaire Maroš Šefčovič. Pékin promet un « green channel » pour accélérer les dossiers européens tout en maintenant la pression sur d’autres régions. Le même communiqué évoque la décision prochaine sur la taxe chinoise sur les cognacs français et le possible ajustement du prix plancher des véhicules électriques chinois à l’entrée de l’UE. Autrement dit, chaque concession terre-rare s’inscrit dans un jeu de troc géo-économique plus vaste que l’automobile. Pourquoi un tel ascendant ? Parce que la Chine contrôle environ 90 % de la production mondiale de terres rares, assure 99 % du raffinage des éléments lourds et produit 90 % des aimants permanents commercialisés. Ces derniers concentrent une énergie magnétique jusqu’à dix fois supérieure à celle des ferrites usuelles et résistent à 180 °C sans perdre un iota de force. Du grille-pain au missile, impossible de s’en passer. Le monde a cédé à une monoculture minérale aussi risquée que confortable jusqu’à ce printemps.
Pourtant, rien n’est figé. Pékin vient d’accorder quelques licences temporaires aux fournisseurs des « Big Three » américains et de constructeurs allemands. Cela montre que le robinet peut, au besoin, couler s’ouvrir. Tokyo active ses stocks stratégiques constitués depuis 2016. Bruxelles pousse quatorze projets d’extraction ou de raffinage. Les ingénieurs redécouvrent le potentiel du recyclage d’aimants usagés. À court terme, la tension persistera (les experts parlent déjà d’un risque « puces bis ») mais chaque contrainte déclenche aussi une poussée d’innovation.
Une simple clause ajoutée le 4 avril 2025 par Pékin pour soumettre chaque kilogramme de terres rares lourdes et chaque aimant NdFeB à une licence d’exportation nominative a suffi à transformer un flux logistique mondial en goulot d’étranglement programmable. Un gramme de dysprosium manquant peut immobiliser plusieurs milliards d’euros d’actifs industriels. L’impact n’est pas sectoriel mais systémique. La perturbation d’un nœud critique se répercute en cascade sur la mobilité, l’énergie, la défense et même la santé, rappelant que la résilience n’est plus une option mais l’architectonique indispensable d’une économie réellement durable. Reste l’essentiel, notre rapport à la différence. Nous avons trop longtemps célébré la standardisation et la compression des coûts. Cette crise rappelle qu’un modèle monolithique s’écroule quand le paramètre critique est hors de portée. L’avenir appartient aux écosystèmes capables d’orchestrer plusieurs intelligences comme l’exploration de nouveaux procédés (moteurs sans terres rares, aimants composites), recyclage circulaire, alliances nord-sud fondées sur la transparence plutôt que sur la dépendance, .... Aujourd’hui et encore plus demain, parier notre souveraineté industrielle sur une seule source serait une faute de stratégie. La rareté n’est pas un mur mais un aiguillon qui nous oblige, enfin, à construire la résilience dans la diversité.
Il s’appelle Mirko. Il vit dans un village suédois sans réseau et sans interface. Il écrit à la main sur du papier abandonné. Il est une anomalie statistique dans un monde où l’IA génère chaque seconde plus de poésie que tous les humains réunis depuis l’Antiquité.
Mais voilà. Ses vers tordus, imprécis et mal rythmés bouleversent.
Un jour, son carnet est scanné par erreur. Le poème devient viral. Les IA du monde entier se l’échangent, incapables de le comprendre. Quelque chose cloche. Quelque chose résiste à l’analyse. Un grain de sable dans le moteur poétique.
On le surnomme désormais : “L’erreur qui pense”.
Selon Bloomberg, une « situation intenable » s’installe dans les universités. Les étudiants délèguent leurs devoirs à des IA, qui sont corrigés par des professeurs utilisant ces mêmes outils ... Donc, des machines évaluent des travaux générés par d'autres machines. Les enseignants et les étudiants ont un rôle de spectateurs passifs. Cette automatisation de l'éducation trahit sa mission fondamentale qui consiste à développer l'esprit critique et forger le caractère des étudiants. Un exemple frappant est celui d'Ella Stapleton (étudiante à l’Université Northeastern) qui a demandé un remboursement de 8 000 dollars après avoir découvert que son professeur utilisait ChatGPT pour générer des supports de cours, alors même que l'utilisation de l'IA était interdite aux étudiants.
Le paradoxe ne s'arrête pas là. Dans le monde professionnel, l'IA transforme également la recherche d'emploi en une confrontation entre algorithmes. Les candidats soumettent des CV générés par IA tandis que les entreprises utilisent des outils similaires pour les trier. Ce cycle absurde efface peu à peu l'humain du processus rappelant les récits kafkaïens. Face à cette réalité, nous devons vite repenser notre approche de l'éducation. L'IA, bien qu'utile, ne doit pas remplacer l'interaction humaine essentielle à l'apprentissage. Les universités doivent établir des politiques claires sur l'utilisation de l'IA en favorisant la transparence et l'équité.
L'intégration de l'IA dans l'éducation doit se faire avec discernement. Plutôt que de céder à une automatisation totale, il est essentiel de préserver l'humanité au cœur de l'apprentissage. Car si l'IA peut être un outil puissant, elle ne doit pas remplacer les interactions humaines au moins dans le processus éducatif sauf à renoncer à l’humanité.
Bonnes métamorphoses et à la semaine prochaine.
Stéphane