#134 : Il vaut mieux s'occuper du changement avant qu'il s'occupe de vous !

Enfin ! La convergence systémique L'aube des Humanoïdes

Métamorphoses
11 min ⋅ 19/05/2026

Bonjour à toutes et tous,

Cette semaine dans Métamorphoses, dans la continuité, je parle d’un basculement que nous devons regarder en face. Même les patrons de l’IA commencent à avoir peur des conséquences sociales de ce qu’ils sont en train de créer. Ne voyez pas d’humanisme derrière les propos de Sam Altman, Dario Amodei ou Alex Karp quand ils parlent de redistribution, de revenu universel ou de fracture démocratique, … Ils le font par intérêt.

Mais au-delà de l’IA, nous parlerons de convergence systémique.
Le numérique agit désormais sur le monde physique.
On réécrit le vivant avec CRISPR.
On connecte les cerveaux aux machines.
Les robots humanoïdes arrivent massivement.
Et toutes ces technologies s’additionnent, se renforcent… trop souvent sans gouvernance et sans réflexion sur nos limites physiques ou écologiques.

Un monde piloté uniquement par l’accélération technologique ne peut finir en civilisation apaisée et démocratique. La lucidité est le début de l’action.

Stéphane

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Enfin !

Ils le savent. Leur technologie peut faire voler en éclats le contrat social, comme une vitre sous un caillou lancé trop fort. Alors, chez OpenAI comme chez Anthropic, on voit apparaître un réflexe presque incongru pour la Silicon Valley. Ils osent commencer à penser l’après. Soyons clair, il n’y a aucun mea culpa : “si on ne recolle pas la société avant la secousse, elle nous tombera dessus”.

Il y a, derrière les discours lisses sur “l’innovation”, une peur très concrète. Le genre de peur qui ne tient pas dans un pitch deck. Alex Karp, le patron de Palantir, l’a dit sans fard. Si la vallée rêve de supprimer des métiers de cols blancs et s’imagine que tout ira bien, elle se raconte une jolie fable. Les gens ne vont pas sourire poliment pendant qu’on leur retire le sol sous les pieds. Ils finiront par sortir les fourches. Et, pour une fois, je totalement d’accord. L’histoire sociale n’a jamais été un long fleuve tranquille, surtout quand on humilie des centaines de millions de trajectoires personnelles en leur expliquant que “c’est le progrès”. Sam Altman, de son côté, a touché du doigt cette tension au sens littéral. Une attaque au cocktail Molotov à son domicile, à San Francisco, en avril, attribuée à un jeune radicalisé contre l’IA. La colère qui frappe à la porte. Altman a alors parlé de peur et d’anxiété “justifiées”. Il a raison sur un point. Cette mutation ressemble à une bascule de civilisation et non à une simple évolution de produit. Dario Amodei, le fondateur d’Anthropic, pose le problème autrement. Il regarde la concentration des richesses. À force d’accumuler au même endroit, on casse la poutre. Il note que la fortune d’Elon Musk, rapportée à l’économie américaine, dépasse celle de Rockefeller à son époque. Et Musk n’a même pas encore “encaissé” l’ère IA à plein régime. On voit déjà où va l’addition. Et Anthropic vient de signer un contrat mirobolant avec Elon Musk pour louer sa puissance de calcul qui va le rendre encore plus riche. Faites ce que je dit, pas ce que je fais …

Le thermomètre social monte. Un sondage Quinnipiac fin mars montre que 30% des Américains craignent que leur emploi devienne obsolète à cause de l’IA, contre 21% un an plus tôt. La politique commence à s’en mêler. Bernie Sanders écrit, propose, pousse l’idée d’un moratoire sur la création de data centers. D’autres élus démocrates s’agitent. Les élections de mi-mandat, en novembre, pourraient devenir les premières où l’IA deviendra enfin un sujet de programme. Et, détail savoureux, ceux qui structurent déjà le débat ne sont pas les partis politiques mais les patrons de l’IA eux-mêmes. On pourrait croire la tech passée à droite, surtout depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Musk a joué les conseillers éphémères. Zuckerberg a retourné sa veste, ... Pourtant, certains observateurs, Peter Leyden (expert de la tech) par exemple, défendent l’idée qu’une “tech de gauche (des USA)” reste bien vivante. Il annonce une fenêtre de tir pour mettre l’IA au service d’une société d’abondance, où chacun peut s’épanouir. J’entends l’intention. Je me méfie du slogan. L’abondance, sans gouvernance, donne rarement de la justice. Elle donne souvent un banquet réservé à ceux qui ont déjà une place à table et surtout, elle ne résout en rien les problèmes à venir.

La tech a longtemps récité Schumpeter et sa destruction créatrice, comme un mantra qui excuse tout. Cette fois, les leaders de l’IA parlent de rupture. De quelque chose qui ne “déplace” pas seulement les emplois, mais qui raréfie le travail lui-même. Bill Gates l’avait pressenti en 2017, avec son idée de taxer les robots, en miroir de l’impôt sur le travail humain. À l’époque, personne n’écoutait vraiment. Trop tôt. Aujourd’hui, l’oreille collective a changé. Le sol tremble, donc on tend l’oreille. Altman et Amodei se livrent une guerre féroce pour dominer l’IA, tout en avertissant que leurs systèmes peuvent faire mal. Paradoxe délicieux, presque indécent. Ils accélèrent, puis ils sortent le panneau “attention virage”. La nouveauté, en revanche, tient aux réponses sociales qu’ils mettent sur la table, très familières en Europe, presque exotiques aux États-Unis. Le diagnostic qu’ils partagent est simple. La croissance pourrait exploser. Le travail, lui, pourrait devenir rare et se concentrer sur des tâches humaines faiblement valorisées, l’aide à domicile, l’accompagnement des personnes âgées, le care au sens large. Pendant ce temps, le capital, déjà roi aux États-Unis, deviendrait empereur. Donc, si l’on veut éviter une société à deux vitesses, il faut organiser un transfert plus juste des gains du capital vers la cohésion collective. Sinon, on fabrique une démocratie sous perfusion, prête à se déchirer.

Altman formalise l’idée dès 2021, puis l’étire dans un manifeste publié en avril, que certains ont qualifié de “New Deal de la superintelligence”. Selon lui, l’IA va produire une richesse phénoménale. Il s’en réjouit, et je comprends pourquoi. Sans croissance, dit-il, la démocratie tourne au conflit permanent, chacun cherchant à arracher des ressources à l’autre par le vote. Cette logique nourrit la méfiance, puis la polarisation. Sur ce point, je n’ai pas besoin d’être convaincu. On le voit déjà.

Amodei va plus loin dans la projection. Il évoque un afflux de “capital humain” sur l’économie, en réalité des agents IA et des robots, qui rendrait plausible une croissance annuelle du PIB de 10 à 20 pour cent. Le chiffre est presque obscène. Musk, fidèle à lui-même, prophétise une substitution totale des emplois. Travailler deviendrait facultatif, comme jardiner pour le plaisir plutôt que pour se nourrir. Belle image, sauf qu’entre le jardin et le supermarché, il y a l’électricité, le loyer, l’assurance santé, et la dignité.

Cette croissance, disent-ils, serait déflationniste. Le pouvoir d’achat grimperait non pas parce que les salaires augmentent, mais parce que les coûts s’effondrent. Altman prend l’exemple d’une maison construite à prix dérisoire par des robots, avec une énergie solaire produite sur place. Je visualise même la scène, un chantier silencieux au lever du jour, des machines qui montent une ossature comme on plie un origami géant. Mais je vois aussi le revers. Si les revenus du travail baissent pendant que le capital s’envole, l’État social perd sa base fiscale, donc l’équilibre collectif vacille. Altman le dit. Gates l’a dit aussi en 2023, en rappelant que le marché ne produira pas spontanément des IA tournées vers les plus démunis. Pire, il a tendance à faire l’inverse. D’où l’idée de puiser davantage dans les revenus du capital, dans un pays où l’essentiel des recettes fédérales vient de l’impôt sur le revenu et des cotisations. Altman propose une approche frontale. Taxer le capital en amont, créer un fonds de capitalisation qui profiterait à tous, une sorte de “fonds américain pour l’équité”. Comment le nourrir. Une taxe de 2,5 pour cent sur la capitalisation des très grandes entreprises, y compris celles de l’IA, payée sous forme d’actions. Ajoutez une taxe sur les terres, rareté presque sacrée aux États-Unis. Puis, chaque citoyen adulte recevrait une distribution annuelle, libre d’usage, études, santé, logement, création d’entreprise, ou juste respirer un peu. Un revenu universel, oui, mais alimenté par le capital plutôt que par l’impôt classique. Les Américains deviendraient, en quelque sorte, copropriétaires rentiers de la machine qui transforme leur économie. L’IA concentre tellement de valeur qu’il faut inventer une redistribution structurelle, sinon le système craque. Ensuite vient la question du rythme. Si le travail se raréfie, autant partager ce qui reste. Altman veut encourager des projets pilotes avec une semaine de trente-deux heures sur quatre jours. Gates évoque la même direction, avec l’idée qu’il existe des domaines où l’on ne souhaite pas utiliser l’IA. Là, je dis oui, sans détour. Le temps libéré est la monnaie du XXIe siècle. À condition qu’il ne devienne pas du temps vide, du temps d’angoisse, du temps où l’on se demande comment payer le prochain mois. Altman parle aussi de filets de sécurité temporaires, allocations chômage, aides d’urgence, le temps que la transition se stabilise. Et il pousse une notion intrigante, un “droit à l’IA”, considérée comme un élément fondamental de la participation à l’économie moderne, au même titre qu’Internet ou l’électricité. Si l’IA devient un multiplicateur de productivité et de pouvoir, alors être privé d’IA revient à être privé de levier. Et un citoyen sans levier, dans une économie à leviers, devient vite un figurant. Amodei, lui, insiste sur un risque qui dépasse l’individu. L’inégalité géographique. Un monde où une part croissante de la richesse mondiale se concentre dans la Silicon Valley, au point qu’elle ressemble à une économie autonome, qui avance à un autre rythme que le reste du pays, puis que le reste du monde. Une locomotive sans wagons. Il appelle à un retour de la philanthropie, à la manière de Bill Gates, contre le cynisme “nihiliste” de certains riches de la tech qui regardent la charité comme une fraude. La philanthropie n’est pas une solution politique. Elle reste un pansement. Mais un pansement vaut mieux que du mépris. Il en revient aussi à une solution plus classique, la fiscalité progressive, générale ou ciblée sur les entreprises de l’IA. Et il lance une phrase que je trouve très juste, presque proverbiale. Si les milliardaires ne soutiennent pas une version de qualité de l’impôt, ils se verront imposer une version médiocre, écrite sous la pression de la foule. Traduction plus simple. Si tu n’organises pas la redistribution, tu auras la revanche.

Ce scénario n’est pas théorique. En Californie, en novembre, les électeurs doivent se prononcer sur un prélèvement sur la fortune de 5 pour cent au-delà d’un milliard de dollars, à l’initiative d’un syndicat de professionnels de la santé. De quoi faire sourire les Européens, qui regardent parfois les États-Unis découvrir le modèle social-démocrate avec trois quarts de siècle de retard. Sauf que la surprise, cette fois, vient de la source. Ces idées ne sont plus portées uniquement par des élus ou des économistes. Elles viennent des entrepreneurs qui ont déclenché la tempête. Au fond, aucune hypothèse n’est impossible. Le Parti démocrate n’a pas de lignes directrices solides sur l’ampleur de la mutation. Et Altman convoque Roosevelt et la Grande Dépression pour rappeler qu’un filet de sécurité jugé impensable peut devenir évident en quelques années, dès que la réalité force la main. Il a raison sur un point essentiel. L’histoire bascule par surprise, puis elle prétend que tout était écrit.

Il est temps d’arrêter de jouer aux somnambules. L’IA avance comme un fleuve en crue. On peut tenter de l’ignorer, on se noiera. On peut apprendre à construire des digues, des canaux, des règles d’irrigation. On vivra. Ne ralentissons pas la technologie pour le plaisir car la cible est notre notre naïveté. Et ça, personne ne le fera à notre place.


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La convergence systémique

On a longtemps raconté l’innovation comme une suite de “grands bonds” séparés sauf que cette histoire s’effondre dès aujourd’hui. La rupture naît d’un réseau de technologies qui s’embrayent, se renforcent, se corrigent et parfois se sabotent. C’est la fin de l’innovation “en silo”. Face à cette accélération, on se met à espérer une rédemption technique qui se résume “ça va résoudre nos problèmes”. Or la plupart du temps, ça déplace les problèmes ou ça les multiplie. Ces technologies ne sont pas intrinsèquement mauvaises mais elles arrivent souvent sans vision holistique du système Terre, ni du vivant, ni de nos dépendances matérielles, ni de nos limites physiques, ... Et croire que la convergence va “sauver” le monde, revient à confondre un moteur avec une destination. L'IA consomme de l'énergie comme une industrie lourde invisible. CRISPR édite le vivant sans que nos institutions sachent encore qui en porte la responsabilité. Les jumeaux numériques promettent une médecine prédictive pendant que l'hôpital public manque de personnel. Les matériaux auto-réparants gagnent en durabilité, parfois au prix d'une recyclabilité introuvable. Et Mars, cette grande métaphore de notre époque, n'a rien d’un plan B. Il s’agit juste d’un révélateur de ce que nous refusons de faire sur Terre.

La vraie rupture de notre décennie est la vitesse de couplage entre les technologies. Une avancée en modélisation moléculaire nourrit une biotech ; cette biotech réclame du calcul ; ce calcul redessine le mix énergétique d'un pays. La causalité tourne sur elle-même. Les effets rebond s'enchaînent avant que les garde-fous soient posés. Et pendant ce temps, nous oublions les intrants du réel. Six des neuf limites planétaires sont déjà dépassées. Un sol détruit se répare en décennies. Une espèce perdue ne revient pas. Les roadmaps technologiques adorent les courbes exponentielles. Les réparations écologiques vivent sur d'autres horloges. On ne scale pas une civilisation comme on le fait avec une application. Cette asymétrie mérite plus que le silence assourdissant que nous lui offrons.

La convergence nous force à une maturité nouvelle avec une obligation à penser en chaînes, en boucles, en effets rebond, en accès, en justice, en vivant. Elle nous interdit le luxe de la pensée partielle. Un hôpital augmenté qui creuse la fracture d'accès n'est pas un progrès. Une énergie propre qui renforce une dépendance géopolitique est un transfert de vulnérabilité que nous qualifions de transition. Ces technologies ont une gravité de par leurs impacts sur les comportements, les modèles économiques, les rapports de force et même les désirs. La gouvernance ne peut pas rester à la traîne pendant que la puissance s'emballe. Le défi du siècle consiste à rester suffisamment lucides, suffisamment collectifs, suffisamment vivants pour décider ce que nous en faisons. La convergence systémique nous donne une capacité inédite sans pour autant offrir la sagesse d'en user. Ça, c'est notre travail.

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Les innovations de rupture les plus impliquantes

  • Le numérique qui passe à l'action : l'intelligence artificielle quitte la génération de contenu pour entrer dans la décision avec des systèmes agentiques, de la recherche automatisée, de l’autonomie, … Le logiciel agis sur le monde.

  • Le vivant qu'on réécrit : l'édition génomique devient une réalité. CRISPR 2.0 opère in vivo, chez des patients atteints d'amylose, avec des résultats cliniques mesurables sur l'édition du gène TTR. Le corps devient une plateforme et les séquences ADN des patchs comme de la programmation. Il s’agit d’une avancée médicale extraordinaire qui ouvre des perspectives vertigineuses pas toujours positives. Il faut absolument de construire les garde-fous avant que la puissance de nos “mutations” ne dépasse notre sagesse.

  • La matière qui sent et qui pense : le monde physique devient réactif avec des matériaux auto-réparants, métamatériaux, infrastructures capables de "sentir" puis d'agir. La frontière entre l'inerte et le vivant se brouille. Un pont peut se réparer. Un avion vieillit différemment. Une route coûte moins en maintenance, … Des matériaux plus intelligents signifient souvent plus de complexité chimique, plus de difficulté à recycler et plus de dépendances nouvelles. On gagne en maintenance tout en risquant de perdre en circularité.

  • Les interfaces neuronales : Neuralink a réalisé son premier implant humain en janvier 2024. Synchron avance avec une approche endovasculaire. Ces annonces démontrent que nous sommes entrés dans l’ère de la transformation anthropologique. Un implant qui redonne le contrôle moteur à un patient paralysé, c'est magnifique. Le système complet inclut la cybersécurité, la dépendance fournisseur, l'obsolescence technologique, le droit, l'assurance, l'accès financier. On ne branche pas un cerveau comme on branche une souris USB. Et au-delà du médical, ce qu'on appelle "attention" deviendra un marché encore plus brutal que celui qui existe déjà.

  • Le jumeau numérique : MEDITWIN est un consortium avec les IHUs, Inria, Dassault Systèmes, soutien France 2030, qui a pour objectif un déploiement de jumeaux numériques médicaux d'ici 2029. La médecine prédictive, préventive et personnalisée arrive avec toutes ses dépendances. Le modèle dépend de capteurs qui dépendent d'une chaîne matérielle, qui dépend de métaux, d'eau, d'énergie, de géopolitique, ... et du juridique car en cas d’erreur du jumeau "recommande", qui assume ?

  • La simulation quantique : la simulation quantique promet de "parler le langage natif" de la nature avec par exemple la capacité à modéliser des interactions moléculaires que les ordinateurs classiques ne peuvent qu'approximer. Les approches hybrides progressent, notamment pour des problèmes de biochimie complexe. Pour autant, un médicament parfait sur le plan moléculaire reste une catastrophe si le système de santé ne peut pas le produire, ni le distribuer, ni l'expliquer, ni l'assumer. Et si sa production aggrave l'extraction minière ou la consommation d'eau, on n'a rien résolu. On a juste changé de colonne dans le tableur du monde.

  • L'énergie : SMR, fusion, solaire spatial, les programmes se multiplient, les annonces se succèdent. Le NIF a franchi l'ignition avec 3,15 MJ produits pour 2,05 MJ délivrés. L'ESA prépare SOLARIS. Les petits réacteurs modulaires trébuchent sans arrêter leur avancement. Derrière ces trajectoires prometteuses se cache un éléphant discret car l'infrastructure numérique elle-même devient une composante majeure de la demande énergétique mondiale. On veut une IA au service de la transition énergétique. On découvre qu'elle est aussi une partie du problème. On veut le beurre, l'argent du beurre, tout en s'étonnant de la note.

  • Mars : MOXIE a produit de l'oxygène sur Mars (jusqu'à 12 grammes par heure et 122 grammes au total sur la mission). Voici une démonstration remarquable de ce que l'ingéniosité humaine peut accomplir à 400 millions de kilomètres de chez elle. C'est aussi un miroir. On se prépare à industrialiser un autre monde pendant qu'on peine à préserver celui-ci. Mars est un révélateur de ce que nous refusons de faire sur Terre et cette rhétorique de l'évasion est extremement confortable.

Le piège systémique ressemble à une boucle circulaire sans fin sauf accident. Plus on accélère, plus on justifie l'accélération "pour ne pas se faire dépasser" et plus on accélère, plus la gouvernance prend du retard.


L'aube des Humanoïdes

Un milliard de robots humanoïdes d'ici 2050. Cette projection illustre une trajectoire industrielle engagée. Et comme à chaque grande rupture technologique, il est indispensable d’en identifier les protagonistes. Pour l'heure, la réponse se joue entre deux blocs et l'Europe regarde.

La Chine avance à une vitesse qui donne le vertige. D'ici 2026, une croissance de 94 % dans la production d'humanoïdes, 80 % du marché mondial capté, des écosystèmes comme Shenzhen où un prototype sort en 18 heures et un robot complet atteint le marché en neuf mois soit deux fois plus vite que partout ailleurs.

Les États-Unis, eux, misent sur l'intelligence artificielle et l'ambition démesurée de leurs géants : Tesla pivote vers le robot humanoïde, Boston Dynamics se consolide derrière Hyundai, les modèles se referment sur eux-mêmes, jalousement propriétaires.

Face à cela, l'Europe ne gagnera pas la bataille du hardware car vingt ans de retard industriel ne se rattrapent pas par décret. Prétendre le contraire serait une illusion coûteuse. Nous devons accepter cette réalité pour en faire une stratégie.

L'intelligence comme souveraineté

Les plateformes chinoises sont ouvertes ce qui leur donne une caractéristique notoirement sous-estimé. Contrairement aux modèles américains qui sont verrouillés et opaques, elles constituent des socles de développement accessibles et n’hésite pas à livrer des squelettes mécaniques sans cerveau. C'est justement là que l'Europe peut jouer une carte décisive en apportant le logiciel. Concrètement, cela revient à apporter les cas d'usage : la logistique, l'accueil, le soin, le ménage, ... et à apporter surtout les normes : garantir, conformément au RGPD, que les données collectées par ces machines soient hébergées, traitées, protégées sur le sol européen. Implanter notre intelligence dans ces corps fabriqués ailleurs, revient à ne pas concéder notre souveraineté sur la donnée, l'algorithme et la décision. L'excellence académique européenne dans l'IA existe. Pour autant, transformer cette richesse en écosystème industriel structuré exige ce qui nous manque encore cruellement à savoir une vision d'État lisible, des soutiens publics massifs, une volonté de ne pas laisser nos entrepreneurs seuls face aux géants subventionnés d'Asie, .. donc beaucoup plus d’Europe. C'est une chance unique et une fenêtre qui ne restera pas ouverte indéfiniment.

La cobotique, ou l'art de travailler ensemble

Une transformation anthropologique s'annonce au-delà du rapport de force géopolitique. La crainte est légitime car 30 % des emplois mécanisés menacés d'ici 2030. Mais réduire cette révolution à un scénario de remplacement revient à confondre la peur avec l'analyse.

À court terme, l'avenir s'appelle la cobotique (collaboration étroite entre l'humain et la machine). Travailler demain sans assistant robotisé sera aussi anachronique que se présenter aux Jeux Olympiques en tongs. Un écart de compétitivité se creusera entre ceux qui auront appris à travailler avec lui et ceux qui auront attendu.

L'Europe vieillit. La France compte entre 300 000 et 400 000 postes vacants dans des métiers à forte pénibilité physique. Les humanoïdes combleront des absences que personne ne veut plus occuper. Ils soulageront des corps. Ils libèreront du temps. Ils créeront de nouveaux métiers (coordinateurs de flottes, ingénieurs de maintenance, architectes d'usage) qui n'existent pas encore. Vous l’avez compris, les robots vont s’ajouter à l’IA et ils accéléreront encore la problématique de la redistribution de la richesse produite. Oui, le travail sera beaucoup plus rare demain.

J’adorerai que nous nous en occupions !

L


Bonnes métamorphoses et à la semaine prochaine.

Stéphane Amarsy

Métamorphoses

Par Stéphane Amarsy

Stéphane est un entrepreneur visionnaire et un pionnier dans l'intersection de l'intelligence artificielle et de la transformation organisationnelle / sociétale. Fondateur de The Next Mind, il est guidé par une philosophie simple, mais percutante : "Mieux vaut s'occuper du changement avant qu'il ne s'occupe de vous !"

Sa trajectoire professionnelle, marquée par la création d'Inbox, devenue plus tard D-AIM en changeant complétement de business model, des levées de fonds, la fusion avec Splio, et l'élaboration du concept disruptif d'Individuation Marketing, sert de fondation solide à sa nouvelle entreprise. The Next Mind est le fruit de décennies d'expérience dans l'accompagnement de plus de 400 entreprises à travers plus de 30 pays dans leur transformation digitale / data / IA et organisationnelle.

Auteur du livre ​​"Mon Directeur Marketing sera un algorithme"​​, qui est une description de la société qu'il a projetée en 2017, auteurs de nombreuses tribunes, conférencier et intervenant dans plusieurs universités et écoles, il ne se contente pas de prêcher la transformation, il l'incarne. Chaque expérience proposée par Stéphane est inspirée entre autres par son vécu d'entrepreneur. Il pousse à affronter les réalités d'un monde en perpétuels changements. Stéphane est convaincu que la prise de conscience n'est que la première étape ; ce qui compte vraiment, c'est la capacité à agir et à s'adapter.

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